samedi 10 septembre 2016

Emily St John Mandel : "Station Eleven" (Canada)

***** Canada, 2014 - (Ed. française Rivages, traduit de G. de Chergé, 480 p.)
Ovni...  (Ce n'est pas pour ça que j'ai entouré ma photo d'avions...).
De cette jeune auteure canadienne anglophone, j'avais lu "Last Night in Montreal" (2009) : bien écrit, un peu compliqué mais tout de même intéressant sauf la fin qui m'avait laissée sur ma faim.

J'ai voulu découvrir son dernier livre, et là coup de coeur ! J'ai trouvé qu'elle avait tant mûri entre ces deux romans, que je ne reconnaissais pas son style et n'aurais pas su lui attribuer ce titre en cas de devinette.

"Station Eleven" est un roman passionnant d'anticipation... alors que je déteste l'anticipation ou la SF. L'histoire est tout simplement si rondement menée qu'on s'y prend, c'est écrit de main de maître...

En condensé : tout tourne autour d'un célèbre acteur de cinéma reconverti dans le théâtre de Shakespeare. Ce soir-là, il est le Roi Lear, sur une scène de Toronto. Et il meurt sur scène. For real. 
Autour de lui, les autres comédiens, le staff, le public, les journalistes, la ville... On les côtoie de près, on se demande pourquoi, qui va jouer quel rôle dans la suite de l'opus... Et voilà que l'auteure assène au lecteur un premier "indice" : nombre de ces gens ne seront plus vivants d'ici quelques semaines...

S'ensuit une course folle contre ce que l'on comprend être une épidémie foudroyante, laissant peu à peu comprendre que l'on s'approche de la fin du monde. 
Plus rien.... Plus d'électricité, de transports, d'hôpitaux, d'Internet, de téléphone, de chauffage, de vivres, de... sociabilité. le silence absolu, la peur, l'ignorance, l'oubli du monde d'avant.

Et puis, de ci-de là, quelques survivants. Mais comme dans les scénarios de SF, les uns doivent prendre emprise sur les autres pour dominer. Aussi, dans un monde quasi-englouti ou disparu, la lutte pour la survie continue et Emily St John Mandel nous fait suivre un petit groupe de ces survivants : une troupe de théâtre baptisée "La Symphonie itinérante" ! Surréaliste (le cas de le dire).
In a lost world, une petite troupe de succédanés des la vie d'avant, réunis plus par les circonstances tragiques que par la passion des arts, s'en va de ville en ville présenter des pièces de Shakespeare ou des jouer des morceaux de Beethoven. Surréaliste (je me répète) mais tellement prenant. L'art comme lumière au bout du tunnel.
Magicienne Emily St. John Mandel.

Elle met en poésie la perte de tout chez les quelques survivants, de tous leurs repères, leurs habitudes, leur confort, la vie sociale, la sécurité, l'avenir... (le papi qui s'évertue à refaire marcher un ordi, ou le souvenir si prégnant du temps où des lumières existaient, où l'électricité fonctionnait, où les avions volaient ou les voitures roulaient... et surtout où les télécommunications existaient !!!, comment faire un musée avec une carte visa, un passeport, un téléphone etc.). L'auteur décrit si bien les souvenirs de ceux qui ont connu Internet et les téléphones portables, et sont quasi revenus à l'âge de pierre pour se faire entendre d'une distance à l'autre.

Nous lecteur, suivons cette troupe de survivants, en nous intéressant aux destins individuels de quelques-uns qui finiront par se croiser. Nous cheminons lentement, avec moult précautions car mécréants ou gourous sévissent encore hélas dans ce monde de fin du monde, aux côtés de ces pauvres troubadours jusqu'à leur saint Graal, un aéroport lambda de l'Ontario. 
Haletant. je recommande ! Merci aux Editions Rivages et à Masse Critique pour cette perle. Et les droits pour une adaptation ciné ont déjà été achetés : j'espère que ce sera à la hauteur du roman.

NB : En son temps, le roman "Ravage" de René Barjavel (1943) contait la survie d'une population confrontée à la fin de l'électricité, des moyens de transports... Livre culte.

--> Mes autres lectures d'Amérique du Nord...

J'ai hébergé une ravageuse pyrale du buis...

Assez naïvement, l'an dernier à cette même époque, je m'extasie devant un papillon "inhabituel" posé sur la vitre du salon, à l'intérieur...
Je m'empresse de le prendre en photo... puis d'ouvrir la fenêtre afin qu'il recouvre sa liberté.

Quelle innocente ! Car au même moment mon voisin se lamentait de l'agonie de son buis totalement desséché, et tous les buis de la commune étaient d'ailleurs dans le même état (ils ont été arrachés depuis).

Or cela ne fait pas longtemps que j'ai découvert que ce papillon insolite posé chez moi était la redoutable pyrale du buis. 
Il s'agit de Cydalima perspectalis (« Box Tree Moth » en anglais). Ce lépidoptère nocturne n'est apparu en France qu'en 2008 via comme souvent l'importation de plantes d'Asie, comme la coccinelle asiatique, et figure maintenant sur la liste d'alerte de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes.

Cette pyrale est présente sur tout le territoire depuis 2014. Au printemps 2014, ses chenilles ont envahi l'Ile de France. Elle fait des ravages considérables et n'a pas de prédateur naturel en Europe de l'ouest. Par exemple, en Savoie, elle a grignoté tant d'arbres que la randonnée a été interdite sur certains sentiers et en Méditerranée ses ravages sont une menace pour l'érosion des sols.
Si j'avais su, au lieu de lui faire prendre la pose devant mon appareil photo... j'aurais fait autre chose.

--> cf. Rubrique "insectes" et page des "habitants de mon jardin"

jeudi 8 septembre 2016

Tim Burton : un univers poétique et magique qui fait du bien



Affiches dans le hall de la Cinémathèque
J'ai récemment revu "Mars Attacks" de Tim Burton... Réalisé en 1996 et inspiré de "La guerre des mondes" de H.G. Wells. Mordant, ironique, incroyablement violent et sans pitié : le Président des EU décide de faire bon accueil à une délégation de Martiens ... Et c'est la tuerie ! 
Extrême naïveté ? Faute professionnelle des services secrets et de l'armée ? Peur de l'inconnu ou méconnaissance absolue ? Confiance totale et sans appel dans la suprématie états-unienne ? 
Le film marque par l'utilisation des effets spéciaux, de la couleur, de la scénographie années 70, et l'alternance de scènes dramatiques et cocasses. Pas un film culte pour mon goût personnel mais à voir pour apprécier l'univers de Tim Burton.

Cela m'a fait penser que je n'avais jamais publié ma chronique sur l'expo... de 2012 (!!!) sur l’univers de Tim Burton, à la Cinémathèque française,  qui fut un régal… 
Visitée avec mon fils passionné de cinéma, encore plus mémorable !

La scénographie était intéressante, avec par exemple une salle obscure où étaient exposés les dessins et œuvres réalisés à la peinture phosphorescente. Effet géant !
Des extraits de films, y compris œuvres de jeunesse méconnus, rendaient la visite bien vivante. Les figurines des personnages fétiches de Tim Burton étaient impressionnantes à regarder. Et ses croquis (certains sur des serviettes de table), dessins, tableaux, carnets d’écoliers, tous plein de couleurs et si inventifs et humoristiques, et si habilement exécutés… un vrai régal que de voir tout cela.

Catalogue de l'expo et nos tickets
Le catalogue de l’exposition (R. Magliozzo & J. He, Edition La cinémathèque française, 2012) nous éclaire sur la jeunesse et le parcours de cet artiste hors normes :

"Tim Burton est né le 25/08/1958. Il se décrit comme un ado introverti et farceur. Il collectionne les cartes de vœux, dresse la liste des films d’horreur et de SF, dessine sa star préférée Vincent Price.
Sa ville natale, Burbank (banlieue californienne) se prête à la mise en images de sa jeunesse : il l’utilisera aussi pour la finale frénétique de Pee Wee Big Adventures (1985), la banlieue pastel d’Edward aux mains d’argent (1990), la petite ville dystopique de Beetlejuice (1988)…


Le lien entre l’enfance et l’âge adulte est récurrent dans son œuvre et explique son attirance pour les contes de fée, la littérature enfantine, l’horreur gothique et la SF.
TB a jusqu’à présent tourné 16 films : « Raconter des histoires, principalement à travers des images frappantes et des personnages inoubliables incarnant ses thèmes récurrents : isolement d’un héros en rupture avec le monde, et la recherche d’identité. »

Les intrigues simples de ses films se traduisent par des enchaînements visuels complexes.
La présence  de comique dans le macabre fait contrepoids aux personnages lascifs et aux actions gore ou crues. La violence de ses films tient trop du cartoon pour être perturbante.

- Dans Mars Attacks (1996), la première dame meurt écrasée par un lustre, "et on s’étonne à peine qu’une langue immensément longue sorte de sa tête comme un dessin animé de la Warner".
- Les têtes de Sleepy Hollow  tournent sur leur cou avant leur décapitation.
- Dans Sweeney Todd, le sang fuse en geyser et les corps tombent avec un bruit exagérément sourd dans le conduit du hachoir géant.
Burton a déclaré : « J’aime les personnages extrêmes, mais qui n’ont pas conscience de leur étrangeté ». Ainsi :
- Edward aux mains d’argent (1990) : Edward incarne physiquement l’isolement avec son incapacité à toucher  directement les autres à cause de ses mains en ciseaux
- Batman, le défi (1992) : Batman, Catwoman et le pingouin  ne luttent pas seulement les uns contre les autres mais contre leur obligation de maintenir des identités doubles.
- L’étrange Noël de Monsieur Jack (1993) : Jack Skellington, insatisfait de son succès en tant que roi des citrouilles,  à Halloween Ville, se lance dans un nouveau rôle : le « perce-oreilles ».
- Big Fish (2003) : les mensonges qu’Edward Bloom raconte sur sa jeunesse l’éloignent de son fils.
- Charlie et la chocolaterie (2005) : Charlie Bucket remarque avec sagesse : « Les sucreries n’ont pas à signifier quoi que ce soit. C’est pour ça que ce sont des sucreries. »

- INFLUENCE DU PEINTRE NORVEGIEN EDVAR MUNCH :


E. Munch :Attraction
Wikipedia cite l'influence graphique d'Edvard Munch et du tableau Le Cri auxquels Beetlejuice et L'Étrange Noël de Monsieur Jack font explicitement référence.
Idem pour les aquarelles de Munch "L'Attraction" (1896) ou "l'Amaryllis" dessinée en 1909, dont l'inspiration dans l'oeuvre de T. Burton semble flagrante.

"Etrange Noël de Mr Jack" : statue du "Cri" de Munch
E. Munch : Amaryllis




"Le Cri d’Edvard Munch symbolise « l’homme moderne emporté par une crise d’angoisse existentielle. »1 On peut aisément relier l’angoisse aux cauchemars, soit car ces derniers en sont la cause, soit car l’angoisse est un élément déclencheur et/ou « catalyseur » des cauchemars. On peut donc dire que la représentation de ce célèbre tableau est un élément tournant autour de la peur, l’angoisse et l’égarement. Autant d’éléments que l’on retrouve dans l’univers burtonien.
Dans le cas de nos deux statues, elles font toutes deux, au fond, référence à l’étouffement provoqué par l’angoisse et le stress. Ces derniers nous renvoyant aux cauchemars."
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cri
2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_du_cheval#Chevaux_mal.C3.A9fiques_et_d.C3.A9moniaques
3 Film (00 : 07 : 00)

- Filmographie de Tim Burton :
  • Pee-wee's Big Adventure : The Story of a Rebel and his Bike (1985)
  • Beetlejuice (1988) : culte...
  • Batman (1989)
  • Edward aux mains d’argent / Edward Scissorhands (1990) : culte...
  • Batman, le défi / Batman Returns (1992), pas trop mon genre mais ok.
  • L’étrange Noël de Monsieur Jack / The Nightmare before Christmas (1993) – scénario inspiré d’un poème d’Edgar Allan Poe. (NB : T. Burton est producteur de ce film), génial...
  • Ed Wood (1994)
  • Mars Attacks (1996) – inspiré de « la Guerre des mondes » d’H.G. Wells, voit ci-dessus
  • Sleepy Hollow (1999), incontournable... Vu et revu avec autant de chair de poule.
  • La planète des singes / Planet of the apes (2001), d’après Pierre Boulle. Pas mon univers...
  • Big Fish (2003) : j'avoue que j'ai du mal avec ce film pourtant estimé... Les jonquilles géantes m'horripilent entre autres... l'histoire me semble si neuneu...
  • Charlie et la chocolaterie / Charlie and the Chocolate Factory (2005) d’après Roald Dahl. Super !
  • Les noces funèbres / Corpse Bride (2005) : adoré aussi !
  • Sweeney Todd : le diabolique barbier de Fleet Street / The Demon Barber of Fleet Street (2007)
  • Alice au pays des merveilles / Alice in Wonderland (2010). Un peu chargé...
  • Dark Shadows (2012) 
  • Frankenweenie (2012) : très bien
  • Night of the Living (2013). pas vu
  • Big Eyes (2014) : Excellent film, voir mon billet ICI
  • Miss Peregrine et les enfants particuliers (2016)
  • Dumbo (2016)
  • Beetlejuice 2 (2017)

--> Voir aussi ma (toute petite) chronique "cinéma"...
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