dimanche 30 novembre 2014

London Calling

A l'occasion de notre London Tour cet automne, quelques notes musicales.

Tout d'abord, nous logions dans le quartier de Hammersmith... 
Eh oui : "No Sleep 'Til Hammersmith".
Que de concerts mythiques dans cette salle.


En parlant de mythes, nous nous devions d'accomplir notre pèlerinage sur le passage clouté d'Abbey Road, et de traverser cent fois les clous à l'image des Beatles... 
Unique de faire partager aux enfants.
Coup d'oeil bien sûr aux célèbres studios d'enregistrement.


En face de la cathédrale Saint Paul, le Punk'ed Bus stylisé par V. Osment (un exemplaire des Street Art Buses parsemés dans la capitale). 
On y lit les noms de Malcolm McLaren, les Sex Pistols, Siouxies and the Banshees (que j'ai vus en concert à l'Apollo Hammersmith dans les '80 !), The Clash, et le titre "God save the Queen" barrant la figure de la reine : osé ! Certes, on est en 2014...
Punk'ed Bus, et  vrai double-deck


Envie de lire un polar punk rock ? "La jambe gauche de Joe Strummer" de Caryl Férey vous tend la main...

En présumant que le monde sait qui est Joe Strummer of course. Allez, un peu de Clash :

"London calling to the faraway towns
Now that war is declared - and battle come down
London calling to the underworld
Come out of the cupboard, you boys and girls
London calling, now don't look at us
Phoney Beatlemania has bitten the dust
London calling, see we ain't got no swing
Except for the ring of that truncheon thing

The ice age is coming, the sun is zooming in
Meltdown expected, the wheat is growing thin
Engines stop running, but I have no fear

Cause London is drowning - and I, live by the river"  (...)"
Led Zep, Queen, Pink Floyd, Rolling Stones, Sex Pistols,
Nirvana, Jimi Hendrix, Kiss : Belle(s) affiche(e)...

Pour finir, un tour aux puces de Camden Town, et une échoppe d'affiches de concerts qui font rêver.

Ouah : Queen en 1974...

Bon, nous on se consolera en allant écouter Queen 40 ans après, en janvier 2015, sans Freddie M, avec Adam Lambert.


--> Chronique "Ziquemu" et page "Concerts", et bientôt la note musicale from Dublin, cette fois avec Phil et Rory

Marjane Satrapi : "Poulet aux prunes"

***** Réf. géogr : France/Iran (Ed. L'Association, 2004)

"Poulet aux prunes" est le dernier "roman graphique" publié par Marjane Satrapi depuis 10 ans, après son précédent opus, "Broderies", publié en 2003.

C'est une petite merveille. L'histoire pourtant triste de Nasser Ali, musicien habité par son art et son tar, dont la vie se brise en 1958 quand son épouse qu'il n'a jamais aimée casse ce précieux et fidèle instrument.
Désespérant de ne jamais retrouver un instrument au son aussi pur, Nasser Ali décide que sa vie n'a plus d'importance, il se réfugie dans sa chambre pour se laisser mourir, tandis que la vie continue dans les autres pièces : cris et rires de ses deux enfants, vociférations de son épouse. Son épouse qui tentera le pardon en lui concoctant son plat favori, le poulet aux prunes, auquel Nasser Ali ne daigne toucher.
Durant les huit jours que va durer son agonie, Nasser Ali consacre chacune de ces journées à différents souvenirs, des événements divers mettant en scène les membres de sa famille, et son amour de jeunesse Irâne.
Le propos n'est pourtant pas mélancolique, car Marjane Satrapi saupoudre son récit d'une bonne dose d'humour. En même temps, elle nous donne à voir l'Iran des années '50, les prémices de la révolution iranienne, l'exil de certaines familles aux Etats-Unis.
Les dessins toujours en noir et blanc, la patte de Marjane Satrapi, sont toujours aussi beaux.

Le hasard le plus bienvenu a programmé dans la foulée de ma lecture le film adapté de "Poulet aux prunes", par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2011).
Ce film est un petit bijou de poésie et d'humour, avec une distribution éblouissante : Mathieu Amalric (Nasser Ali), Maria de Medeiros (l'épouse), Golshifteh Farahani (Irâne), Edouard Baer (l'ange de la mort Azraël), Chiara Mastroianni (la soeur fumeuse invétérée), Isabella Rosselini (la mère de Nasser Ali), Djamel Dbouze (vendeur au souk). 
Vraiment un très beau film, doté d'une mise en scène très originale.

Il est temps que je m'attaque sérieusement à Persépolis !

dimanche 23 novembre 2014

Kathryn Stockett : "The Help" (EU)

***** "La couleur des sentiments" (Etats-Unis, 2009)

Premier roman de Kathryn Stockett.
Quel talent, pour conter sur 500 pages environ un récit sur la ségrégation aux Etats-Unis dans les années 60.

Lieu : la ville de Jackson (Mississipi). Personnages :
- bien sûr, Skeeter (= moustique), jeune femme fraîchement diplômée de 23 ans, de retour à Jackson après ses 4 années d'études. Skeeter est blanche, habite une plantation du Sud comme ses amies de la Junior League.

Sauf que. 
Oui sauf que Skeeter est "a million miles away" du comportement de ses paires, racistes, suffisantes, femmes au foyer et dépendantes. Skeeter est open-minded et veut être journaliste.

- Et puis il y a Aibileen et Minnie, deux domestiques noires ayant à charge l'intendance et le caring after des bébés, sous la surveillance constante et méfiance de leurs maîtresses, véritables harpies. 

- N'oublions pas le personnage de Celia Foote, jeune mariée à un riche et beau gentleman sudiste. Toutefois totalement affolée car issue de la "White Trash", unprepared, et qui enchaîne fausse couche sur fausse couche. Les dames de la haute la snobent. Heureusement pour Celia, Minnie accepte de devenir sa "Help", et plus qu'une "Help", c'est une confidente, une amie, la seule, qui va s'intéresser à elle.

Skeeter va convaincre ces nounous et servantes noires et une douzaine d'autres de témoigner sur leur vie quotidienne au service de ces femmes au foyer blanches de la haute dans le sud des années 60. Elle en fera un premier roman, qui sèmera bien entendu l'effroi au sein de la communauté bien-pensante de Jackson dès sa publication. Le roman fera aussi la fierté des contributrices de la communauté noire, alors que se préparent les premières grandes actions pour les droits civiques.
L'anecdote, c'est l'acte hors norme commis par Minnie à l'encontre de son abominable ex-maîtresse, la terrible Hillie : elle lui a offert un gâteau au chocolat, l'a regardée le déguster et lui a révélé : "You ate my shit."

Roman époustouflant.

De même que l'adaptation ciné, datant de 2011, avec Emma Stone (Skeeter), Jessica Chastain (Celia Foote), Sissy Spacek (la mère de Hillie, super drôle), Viola Davis (Abileen) et Octavia Spencer (Minnie)... Le film est très bon, et chapeau pour la reconstitution de la vie dans les années 60, environnement, mobilier, habillement, coiffures. On s'y croirait.

A noter justement dans la bande son du film la remarquable chanson "Jackson" par Johnny Cash et June Carter : j'en profite pour louer cet autre excellent film consacré à Johnny Cash, sublime, avec des acteurs tellement convaincants que l'on est totalement dedans : "Walk the Line" (2006, avec River Phoenix et Reese Witherspoon : un talent fou !!!!!!!!!!) 

--> "Mes romans préférés"...

samedi 22 novembre 2014

Gerry Alanguilan : "Elmer" (BD)

***** (Ed. Cà et Là, 2010, 144 p.)
Un jour de l’an 1979, les poulets ont évolué en pseudo-humains.
Pseudo sans connotation négative : ils sont doués de raison, ils savent lire, écrire, parler et, comme les hommes, ils habitent dans des maisons…
Physiquement cependant, ils ont toujours l’apparence de volatiles.

Dans ce monde nouveau, les hommes et les poulets disposent des mêmes droits et cohabitent. Certains, fort rares, envisagent même le mariage mixte poulet/humain. 
Mais ce n’est quand même pas le meilleur des mondes, comme nous le raconte le « personnage » principal, Jake Gallo, qui désespère de trouver un job en raison justement de son état de poulet.
A travers le journal de son père, Elmer, récemment décédé, Jake va nous faire revivre l’avant et l’après :
les conditions d’élevage des poulets de batterie, les atroces séances d’abattage (les dessins sont parfois très durs), le destin des volailles à la rôtisserie… puis les batailles que se livrent poulets et hommes, à la vie à la mort.
Et l’après n’est pas tout rose donc, avec une ségrégation d’un côté comme de l’autre.

Cette harmonie vraiment ténue va voler en éclat avec l’annonce de l’épidémie de grippe aviaire en 1987. A nouveau, c’est le règne de la terreur, la communauté de poulets est massacrée, exterminée, tente de se défendre en entamant des actions commandos également meurtrières.
L’auteur Gerry Alanguilan brosse le tableau d’une société éclatée, rongée par l’instinct de supériorité des uns et leur haine vis-à-vis des autres. Passée l’épisode de la grippe aviaire, c’est un apaisement qui se profile, emmené par des personnages aussi tolérants que Ben le fermier.

J’ai de suite pensé à la bande dessinée "MAUS" d’Art Spiegelman, où les personnages revêtent les traits de souris, et qui dépeint la Shoah et l’exil douloureux de survivants à New York et la relation particulière d’un père et de son fils.

Ces deux BD sont dessinées en noir et blanc. Pour en revenir à « Elmer », j’ai trouvé les dessins très bien faits, et les représentations de la maisonnette, du jardin, des paysages magnifiques : cela donnait envie de sortir ses crayons et se mettre à les colorier. (Du reste, la mode est aux coloriages pour se "déstresser"... je pourrais commencer par cette BD).

Une bande dessinée qui n'est pas dénuée d'humour ou d'un brin d'ironie : ainsi, le plat préféré de la famille poulet, c'est le... canard rôti !

NB : Gerry Alanguilan est un dessinateur philippin, « encreur » qui a participé à plusieurs comics fameux.

Une très bonne découverte.

Et j'ai honteusement repensé aux scènes de OSS 117 dans l'élevage avicole, avec Jean Dujardin s'amusant à éteindre/rallumer la lumière pour entendre/cesser d'entendre les poulets. Voui, j'avoue que ce genre de scènes (et ce genre de films !) me font bien rire !!!

--> Mes "BD"...

Sur les rayons de la bibliothèque...

Merci M. Kowal,
Plus beau le métro.

Douceur au jardin, le 22 novembre...

Très belle journée que ce samedi 22 novembre : environ 15°, soleil et linge à sécher dehors comme aux beaux jours. 
On n'est qu'à 8 jours de décembre, hum hum. Pas très normal tout ça en région parisienne.

La mission du jour, poursuivre l'arrachage du lierre qui a envahi la clôture. 
Résultat, en deux heures, à peine un mètre carré retiré, bobo aux épaules et au dos. 
Quelle plante que ce lierre : il faut le voir former de véritables troncs et étouffer ce pauvre grillage (que dire des quelques arbres qui l'ont subi). D'ailleurs, j'avais parfois peine à distinguer la plante du grillage et il m'est arrivé hélas de cisailler les deux.

Ce faisant, ai découvert un pauvre petit mulot mort au pied du lierre, le coupable me semblant hélas être mon teckel adoré, grande chasseresse de mulots à mon plus grand regret, et qui passait son temps à fourrager à mes pieds en reniflant fort et frétillant comme une obsédée. Le lierre doit abriter des cachettes à mulots, c'est clair.
J'ai aussi mis à nu un nid (je pense de merle) au milieu des lianes de lierre, mais pas osé l'abîmer donc j'ai coupé tout autour. 

Pendant ce labeur, une mésange charbonnière s'est perchée à proximité et m'a lancé quelques "vrilles", j'ai dû m'arrêter de travailler pour la regarder et essayer de deviner ce qu'elle attendait de moi. Pas compris donc me suis remis à la tâche, J'espère qu'elle ne m'enguirlandait pas pour détruire le mur de lierre qui lui fournit réserves de nourriture (y'en a des bêtes là-dessus :  araignées, gendarmes...) et cachettes ?

Du reste, les avis sont partagés concernant le lierre : tolérable et hôte pour la faune locale ou totalement nuisible à éradiquer à l'huile de coude en terminant par des injections de roundup dans les troncs... Gros boulot tout de même.

Larve de cétoine dorée
Qu'ai-je croisé d'autres en ces quelques heures au jardin ? 
Une coccinelle prenant le soleil sur le mur de la maison...
Et aussi, ô combien hélas, une de ces bestioles dont j'avais si peur jadis, et qui est un ami du jardinier, habitant son compost... La cétoine dorée (Cetonia aurata).
La mienne était très grosse, le compost lui avait fort réussi, mais comme nous avions transféré une partie du compost dans un seau, la pluie avait inondé le seau et certainement noyé ma pauvre cétoine. Réduite à un gros ver blanc mort. Bon j'en ai profité pour la prendre en photo... et l'ai exposée à l'air libre pour que quelque oiseau  profite au moins d'un bon festin.

mercredi 19 novembre 2014

C. de Metter/D. Kennedy : "Piège nuptial" (Australie)

Vues aériennes du bush et champ (Australie, 2005)
La bande dessinée de Christian de Metter, adaptation du roman de Douglas Kennedy "The Dead Heart"
Editions Casterman, 2008, 124 p.

Après avoir découvert Christian de Metter avec sa BD "Rouge comme la neige" (si noire), j'ai plongé à nouveau à ses côtés en plein bush australien. Et le voyage est tout aussi noir. Glaçant.

Nick, journaliste américain, décide de se changer les idées en sillonnant un bout d'Australie à bord de son combi Volkswagen
Vlan ! Collision avec un "Roo", vous savez, ce grand truc à poche qui saute joyeusement en plein milieu des routes australiennes.
Combi en panne, prétexte à rencontre avec Angie,  autostoppeuse sans complexe.

A partir de là, Nick entreprend sa descente aux enfers dans un bled rayé de la carte et habité d'une famille de dingos arriérés et violents. Bienvenue à Wollanup, loin de tout, à la merci d'une bande de dégénérés, pour servir d'étalon frais à cette Angie cruella d'enfer.
On peut aussi penser à l'ambiance si terrible du film "Délivrance", qui se déroulait dans un coin de nature sauvage en Géorgie où une bande de péquenots dégénérés terrifie 4 jeunes randonneurs.
Voyage en Australie 2005 :
fascinée par les kangourous..
.
Christian de Metter a soigné ses planches et l'on apprécie les dessins à l'aquarelle. Il exprime très habilement la tension et le huis-clos infernal pour Nick seul contre toute une bande de dangereux timbrés, dont l'activité au demeurant est de chasser le "Roo", de le dépecer (c'est Angie l'experte, pour tout dire !) pour la revente de la bidoche.

Quelle chance d'avoir un hublot 
pour capter cette image...
(en revanche, qui dit hublot dit renoncement 
à toute mobilité sur un très long courrier !
Faut savoir ce qu'on veut : moi c'est le paysage)
Heureusement, au milieu de cette bande de fous, il y a la douce (et surtout "normale") soeur d'Angie,

Le lecteur est alors tenu en haleine par la quête d'un moyen d'évasion et l'attente. Longue attente, simulation de la folie ou de la dépression.
Puis tout s'accélère avec cette fameuse évasion et la course poursuite effroyable et sans merci dans le bush.
Brrrrr. C'est du quitte ou double. C'est terrible.

A en faire des cauchemars en avion (avez-vous lu la fin ???). Joke avec ma photo... 
Ci-joint quelques photos prises lors d'un voyage au pays des "Roos" en 2005, où je n'ai dû croiser que deux ou trois marsupiaux vivants et sautillant dans les champs, pour une dizaine de kangourous morts écrasés sur la route.

--> Chronique "BD" et quelques "lectures d'Océanie"

Jean-Marie Blas de Roblès : "L’île du Point Némo"

***** - Ed. Zulma, 2014 - 430 p

Mettez dans un shaker du Jules Verne (beaucoup d’Île mystérieuse, mâtinée de Vingt mille lieues sous les mers, de Michel Strogoff, de Cinq semaines en ballon, etc.), un peu d’Agatha Christie (Le crime de l’Orient Express par exemple !), de Conan Doyle, de Maurice Leblanc, et même du Shakespeare, du Victor Hugo et une touche d’Herman Melville aussi…
Secouez intensément.
Lisez.
Vous aurez un sacré tournis. Comme moi qui ai lu ce livre beaucoup trop vite.

Jean-Marie Blas de Roblès a écrit un « roman fusée », bardé de personnages, d’aventures, d’anecdotes, de réflexions philosophiques. Un récit alambiqué et érudit, superbement écrit, qui nous fait courir sur toute la planète, et ce, sur terre, dans les cieux comme sous l’eau. On n’a jamais le temps de souffler, on doit lire aussi vite que courent les héros à la poursuite d’un diamant volé, jusqu’à l’ïle du Point Némo.

Lecture vertigineuse. 
Grand roman… mais qu’il ne faut pas avaler d’une bouchée. J’ai eu ce tort et je suis sortie de ma lecture exsangue, essoufflée, submergée par tant d’actions, d’horizons et de personnages. C’était trop en si peu de temps, et j’ai le sentiment de ne pas pouvoir digérer le roman, et qu’il ne m’en restera plus tard que des miettes confuses, des flashes de certaines scènes (le musée cirque qui brûle, le voyage dans le Transsibérien, la croisière dans le zeppelin, les détritus de plastique dans l’océan…), qui s'estomperont et à la fin, il ne me restera pas grand souvenir de l'intrigue du Point Némo. Dommage.

Tiens, j'en verrais bien un film avec entre autres Catherine Frot et André Dussolier (à la Prudence Beresford, version Jules Verne).

dimanche 16 novembre 2014

Art de rue, heureusement, sinon la rue serait si triste












(cliquer sur les images pour agrandir










Au détour de quelque rue dans Paris :
  • d'amusantes bouches d'égout ou plaques de regard électrique (de la compagnie POPP comme sur la photo en haut à droite, quartier Châtelet)
  • et des panneaux de signalisation détournés (mais le message reste compréhensible Thanks God) qui sont l'oeuvre pour celui du haut de la photo de l'artiste breton Clet Abraham (le sens interdit d'en bas ne porte pas d'autocollant, marque de fabrique de Clet, il doit s'agir d'un dérivé peint par un inconnu mais tout de même rigolo !).
  • Et puis des peintures murales, comme ce mouton ("jesuisceuxquejesuis") côtoyant une boite de thon ("Tuna") et le dessin d'un ado sac au dos et visage enfoui dans ses mains. En bas, une plaque murale "To loose Lautrec" à l'effigie du peintre, juste en face du musée Picasso à Montmartre.
--> "Street Art"

Jaume Cabre : éblouissant "Confiteor" (Espagne)

***** ("Jo confesso" 2013 - Ed. Actes Sud, Traduit du catalan par E. Raillard, 780 p.)

Oh la la... Qu'il est lourd ce "J'avoue". Et pourtant je l'ai trimbalé partout pendant une dizaine de jours, sans pouvoir décrocher de l'histoire d'Adria Ardevol à la croisée de cinq siècles d'histoire et dans une langue magnifique mais se jouant de ci de là de la ponctuation pour mieux propulser le lecteur dans un voyage dans le temps perpétuel.

Une lecture très exigeante, ardue bien souvent, qui requiert une concentration totale.

Que de personnages, que d'époques souvent balayées dans un même chapitre voire dans un même paragraphe, où un personnage s'exprime et c'est un autre d'une autre époque qui termine la phrase.
Qui cherche un défi littéraire en trouve un exceptionnel avec Confiteor. Jaume Cabre, qui a consacré huit années à écrire ce livre, a dit "J'ai compris  que j'avais besoin d'une simultanéité dans le temps et dans l'espace, même si cela devait constituer un défi à la linéarité du langage." (in Page, n°162)

Je ne me risquerai pas à résumer l'histoire de ce pavé (lourd, tellement lourd, mais si riche tellement riche). Adria, en fin de vie et atteint par la maladie d'Alzheimer, confesse ses souvenirs. Son ami de toujours, et seul ami d'une vie, Bernat s'empare du récit pour éditer un roman monumental. 
J'ai dit "seul ami" ? Je corrige : toute sa vie durant, Adria fut accompagné par ses deux figurines jouets d'enfance, l'indien Aigle-Noir et le shérif Carson. Des confidents et des conseillers omniprésents dans le livre, qui ne manquaient pas de recréer un élan de sympathie de la part du lecteur vis-à-vis du personnage d'Adria parfois peu facile à appréhender.

Ses parents tissent chacun des ambitions démesurées pour Adria : tandis que son père lui impose d'apprendre au moins 10 langues, sa mère rêve d'en faire un violoniste virtuose.
"Je me suis toujours souvenu de papa comme d'un homme âgé. Maman, en revanche, c'était Maman. Dommage qu'elle ne m'ait pas aimé." (p.54)

A son ami Bernat :
"Je lui parlai des cours d'hébreu et des matières de philosophie que j'intercalai avec celles de philologie et de ma décision de passer ma vie à étudier et si je peux donner des cours à l'université, super ; sinon, je deviendrai érudit privé." (p.320)

Une rencontre :
"Isaiah Berlin posa le livre sur la petite table et dit je lis tous les jours et tous les jours je m'aperçois qu'il me reste tout à lire. Et de temps en temps je dois relire, même si je ne relis que ce qui est digne du privilège de relecture." (p.573)

En fin de vie :
"Je sais bien : je t'ai tout raconté en désordre, mais c'est aussi que ma tête est un peu démeublée. (...) Je n'ai pas le courage de regarder en arrière ; d'un côté parce que lorsque j'écrivais certaines choses je pleurais ; et de l'autre parce que chaque jour je sens qu'une chaise ou un bibelot disparaissent de ma tête. Et je me convertis peu à peu en personnage de Hopper, regardant à travers la fenêtre ou à travers la vie, le regard vide et la langue pâteuse de tabac et de whisky." (p.762)

Il faut oser s'attaquer à ce livre, s'accrocher et puis ensuite, de toutes façons, on se retrouve happé et on ne peut plus le lâcher, ce livre qui pèse trois tonnes.

La passion d'Adria pour les vieux livres et les éditions rares m'a fait penser au "Cimetière des livres oubliés" de Carlos Ruiz Zafon, qui se déroule aussi dans la Barcelone des années 40, mais la comparaison s'arrête là car "Confiteor" vogue à des années lumières au-delà de "L'ombre du vent"...

samedi 15 novembre 2014

A. Juillard : "Le cahier bleu" + "Après la pluie" (BD)

André JUILLARD : "Le cahier bleu" ***** (1993)
C'est une bande dessinée joliment dessinée et expressive.
J'ai bien aimé le personnage de Louise, québécoise vivant à Paris dans un appart' sans rideaux donnant sur le métro aérien de Bir Hakeim... C'est ainsi que va démarrer l'intrigue. Le dossier en fin d'ouvrage met en avant le découpage des images de cette fameuse scène initiale en panoramique comme dans un tableau de Hopper.
Chassé-croisé amoureux, hasards qui n'en sont pas, et surtout très belles vues de Paris, en passant par le Palais de Tokyo, le Théâtre du Châtelet, l'Institut de Paléontologie...
C'est finalement plus le dessin que le scénario, un peu alambiqué, que je retiendrai.

André JUILLARD : "Après la pluie" ***** (1998)
Cet album n'est pas la suite du précédent mais il met en scène, en arrière-plan, nos deux personnages Louise et Victor. La part belle échoit dans cet opus à Eve et Abel.
Les dessins sont toujours aussi agréables, belles images de la Toscane sous la pluie entre autres. En revanche, le scénario est un brin décousu, ce qui gâche grandement le plaisir.
Et la fin m'a gênée, trop brouillonne et incongrue. De plus, le petit garçon représenté à la fin m'a paru fort mal dessiné : disproportionné, un corps et une tête de de jeune enfant pour ce qui devait être un bambin... Je n'ai pas compris une telle bizarrerie dans le dessin.

NB : André Juillard a collaboré à certains albums de Blake et Mortimer, et la série "L'épervier"

--> Chronique "BD"

Girls in Hawaii, again and again

Girls in Hawaii - Solidays 062014
Un très bel article en hommage au groupe belge GIRLS IN HAWAII a récemment été publié sur le site de Télérama (lien).
Avec humour, l'article précise en introduction qu'en lançant une recherche "Girls in Hawaii" sur Internet, on commence à moins voir de filles en maillot de bain et l'on a plus de chances d'être orienté sur ce que Télérama appelle "le meilleur des groupes belges en activité".

Girls in Hawaii
performing "Flavor" : la folie !!!
Les GiH viennent d'enregistrer un nouvel album acoustique et entreprennent une nouvelle tournée dans des salles "intimes" : c'est l'occasion de découvrir ce grand groupe, qu'humblement je consacre comme "ZE" découverte musicale de l'année 2014 en ce qui me concerne ! 




Et si j'en reste à mes découvertes musicales de l'année 2014...
Mention spéciale à LE PRINCE MIIAOU !!!
Un groupe rock français mené par une jeune auteure compositrice chanteuse prodigieuse, découverte en première partie du concert de EELS à la salle Pleyel.


NB : En 2013, ce fut la découverte de Jake BUGG...
Jake Bugg - Paris 2013
Jake Bugg - Trianon

Le jeune prodige anglais de la guitare et de la voix, et du rythme et de tout...

Il fêtait tout juste ses 19 ans quand nous l'avons vu au Trianon en 2013 : un visage de jeune ado encore poupon, mais quelle prestation !

Il avait déjà tout d'un grand...



--> Voir les posts "You have to know Jake Bugg" et "Jake Bugg, a star is born".

Alors, que réservera 2015 ?...

---> Voir aussi la chronique "musique" de ce blog et la page "concerts"

mardi 11 novembre 2014

Alaa El Aswany : "Automobile Club d'Egypte"


***** (Ed. Actes Sud, 2013, Trad. Gilles Gauthier, 542 p.)

Un très beau roman sur l’Egypte de la fin des années 40, encore sous tutelle britannique, alors que commencent à s'élever quelques voix pour davantage d'autonomie au peuple égyptien, voire certaines revendicatrices de ce que l'on n'ose encore nommer l'indépendance. Mais réprimées facilement faute de soutien conséquent à l'époque. Cependant, quelques années plus tard...

Certes, un souverain est en place, Farouk, mais qui rapidement n'a plus de fil conducteur que la débauche et le jeu, ce que seule lui permet la fréquentation de l'Automobile Club du Caire, et tant pis si ce sont les Britanniques qui tirent les rênes de cette débauche !

L’histoire est contée à plusieurs voix, celle de chacun des membres de la famille d'Abelaziz Hamam, ancien grand propriétaire à la campagne, contraint, ruiné, de rabattre sa famille au Caire dans des conditions précaires. Une voix par chapitre, et des sauts de chapitre qui entretiennent un vrai suspense puisque l'on laisse en l'état tel personnage confronté à un véritable dilemme et pouf changement de chapitre, il faut que le lecteur enchaîne sur les déboires de tel autre personnage et se souvienne de ce qui précède : bref, un procédé littéraire haletant, mais aussi exigeant.
On se trouve rapidement pris par le sérieux scolaire de la petite Saliha, ses déboires avec les fausses ballerines de gym, puis son mariage forcé ; on suit la vie des trois autres fils, l'un arriviste et arrogant, l'autre un peu simplet qui a vite fait de tomber dans l'escarcelle des vieilles européennes un brin nympho, et le troisième studieux et responsable, et dont la conscience politique s'élève petit à petit, jusqu'à...

Donc : un excellent livre sur l'Egypte, fouillé et foisonnant. On en s'ennuie pas à une seule page, on est totalement projeté dans cette Egypte des années 40.

Résumé de l'éditeur : "En cette fin des années 1940, sous les pales des ventilateurs de l’Automobile Club du Caire, l’Égypte des pachas et des monarques flirte avec aristocrates et diplomates de tout poil, pour peu qu’ils soient européens. Régulièrement, Sa Majesté le roi honore de son éminente présence la table de poker. Extravagance, magnificence et décadence qui s’arrêtent aux portes des salons lambrissés. Dans les communs, une armada de serveurs et d’employés venus de Haute-Égypte et de Nubie s’escriment à satisfaire les exigences de l’inflexible El-Kwo, le chambellan du roi. L’esclave du monarque est aussi le chef suprême des employés de tous les palais royaux, qui régente dans ses moindres détails leur misérable existence et se délecte à professer l’art de la soumission.
Parmi ses “sujets” : Abdelaziz Hamam, descendant d’une puissante famille ruinée, venu au Caire dans l’espoir d’assurer l’éducation de sa progéniture. À suivre les chemins contrastés qu’empruntent ses enfants, on découvre les derniers soubresauts de l’Égypte pré-nassérienne : morgue des classes dominantes, dénuement extrême des laissés-pour-compte, éveil du sentiment nationaliste. De toute part l’édifice se lézarde, et dans le microcosme de l’Automobile Club, où le visage noir charbon d’un domestique ajoute une touche d’élégance au décorum, frémissent les temps futurs et l’explosion révolutionnaire qui va embraser le pays."

--> voir aussi la chronique "Lectures d'Afrique" ou la page "Littérature africaine"...

"Panique à Londres" ! (Petillon & Rochette)

*****
BD archi drôle !!!
Comme quoi se faire un moment de lecture amusant et revigorant, ça ne mange pas de pain (merci notre bibliothèque municipale sans laquelle je n'aurais pas découvert cet ouvrage si rigolo).

L'histoire ? Rocambolesque et énorme clin d'oeil aux relations franco-anglaises (l'entente cordiale, que nenni !)... D'ailleurs tout commence par la conduite à gauche ou à droite selon notre côté de la Manche. C'est ainsi que deux patients (français) d'un asile de Dieppe profitent d'un accident entre leur ambulance et une voiture de hippies anglais roulant à contre-sens, pour se faire la malle dans la perfide Albion.

Ces deux représentants de la nation française sont Louis le Vétilleux, qui se clame "véritable et unique souverain de Jersey et Guernesey" en vertu d'un authentique parchemin du XIIe s, et "Dico", personnage un tantinet à côté de la plaque qui change d'identité à chaque nouvelle entrée du dico des noms propres qu'il trimballe avec lui. Ainsi, il passe de Sartre à Tamerlan, ou Thatcher (pas longtemps vu son impopularité) et finit même en Winston Churchill puis Cantona !

Les deux hurluberlus réussissent à semer la panique en Angleterre sous couvert d'invasion et revendications territoriales de la France. Ce pourrait rester au registre du farfelu si ne s'était ajouté un quiproquo avec des islamistes britanniques ayant pris le "faux" Tamerlan au pied de la lettre.

Et la fin est savoureuse... Pauvre Québec !!!

Drôle drôle drôle !

--> chronique "BD"

samedi 8 novembre 2014

London Tour

Alors... fin octobre un petit changement d'air s'imposait pour la Toussaint.

Direction London, et première fois en Eurostar (on ne s'est même pas rendu compte du passage sous la Manche).
Un temps printanier fort agréable (estival selon l'appréciation des Anglais).
De ci de là des Britanniques, mais partout des... Français !
Nous avons donc quadrillé Londres dans tous les sens et à toute heure (attention le soir quand on cherche à dîner accompagné d'un mineur ! je ne parle pas bien sûr du pubcrawl).
Beaucoup de sightseeing mais aucun musée ! la faute hélas à l'overdose de Moma et de Met à New York cet été.
Première découverte du London Eye : 
intéressant de jour comme de  nuit...
un petit coup de Trafalgar Square et la Cathédrale Saint Paul de nuit.

Bien sûr : Big Ben... solennelle et sous le soleil !

Portait Street Art d'Elizabeth à Soho quand nous cherchions désespérément un samedi soir
un pub acceptant un ado de moins de 18 ans !
Autres photos : Passage obligé avec deux ados au marché de Camden Lock.
Bilan des courses : un sweat Run DMC, un Tshirt Run DMC
un Tshirt avec le singe qui s'était pris en selfie, une enceinte haut parleur miniature ultra forte
et des plats sur le pouce qui à l'Indien, qui à l'Oriental, qui au Chinois, et bibi aux donuts


On commence par d'excellents Fish and Chips accompagné de Mushy Peass et de London Beer
au Brook Green Cafe non loin de l'Hammersmith Apollo ("No Sleep til' Hammersmith !")
puis fascination pour les double decks
que nous avons pris à foison compte tenu des fermetures de métro

Le Bus stylisé est un exemplaire des Street Art Buses parsemés dans la capitale :
celui-ci est le Punk'ed Bus par V. Osment.
--> Voir aussi la partition musicale de cette escale londonienne : "London Calling" et les autres voyages...

dimanche 2 novembre 2014

Les fleurs toujours au RV au jardin

Au 31 octobre et en ce premier jour de novembre, de courageuses fleurs restent fidèles au rendez-vous... 
Penstemons et gauras - rose - gerbera - sauge jaune -
sauge violette - plumbago dentelaire sauvage
Il faut dire qu'avec un peu plus de 20° en ce weekend de la Toussaint, le jardin se sentait d'humeur estivale.

Ici et là, une poignée de jolies roses.

Les touffes de penstemons (fleurs en clochettes) et de gauras (fleurs aériennes comme des papillons) sont toujours d'actualité (en haut à droite sur la photo).

Les sauges arbustives s'éclatent vraiment, comme d'habitude : sauges rouges, fuschias, jaunes (photo), violettes (photo) et la petite dernière plantée il y a une semaine : une sauge bleue ! (celle-ci, je l'ai installée entre un pied de sauge violette et un pied de lavande : je pense qu'elle sera à son aise avec ces deux voisines).

Et qui m'a fait la surprise de pointer son nez entre les touffes d'épais feuillages verts : une fleur de gerbera ! (fleur rose, milieu gauche de la photo). Il me semble pourtant que ce n'est pas le moment... mais je ne vais pas me plaindre.

Enfin, et vraiment pour finir en ce qui les concerne car elles sont en fin de floraison : une fleur de plumbago dentelaire issue d'un plant ramassé dans les friches aux abords du parking de la gare (en bas à droite sur la photo ).

Sauge de Jérusalem : nouveaux boutons floraux début novembre !
Alors, au tout début du mois de novembre, qui nous réserve encore de belles surprises ?

La sauge de Jérusalem ! J'avais coupé ses boutons floraux fanés il y a quelques temps, me disant qu'il fallait commencer à préparer la belle pour l'hiver. Et voilà que surgissent de nouveaux boutons qui, s'il ne se met pas à geler sans prévenir, vont s'épanouir en plein automne...
Ce plant de sauge de Jérusalem est une de mes grandes réussites... Pourtant planté aux pieds d'un néflier et d'un laurier, sa touffe gagne en majesté et il produit des fleurs jaune vif magnifiques.

F. Couao-Zotti : "La traque de la musaraigne" (Bénin)

***** (Editions Jigal, 2014, 215 p.) - Réf. géogr. : Bénin / Ghana / France
Je n'ai pas retrouvé dans ce roman profondément sombre de l'auteur béninois Florent Couao-Zotti la poésie et la magie de son roman "Les fantômes du Brésil" (2006).
La quatrième de couverture évoque pourtant "néologismes, audaces grammaticales, jeux de mots." Le livre est certes bien écrit mais je suis restée sur ma faim quant aux audaces du style.

Enfin, s'agissant de l'histoire... le personnage principal est un jeune Breton fuyant ses responsabilités , débarqué au Bénin pour ne sembler se préoccuper que de la "bagatelle". Il se dit poète et se veut les "semelles au vent", mais il n'est guère attachant, au contraire je l'ai trouvé désagréable et irritant.. 
En revanche, le personnage de Déborah a beaucoup plus d'épaisseur. Jeune ghanéenne en cavale après avoir fauché l'argent d'un casse, elle est dotée d'un aplomb et d'une vivacité incroyables. C'est à elle que le lecteur s'intéresse finalement.

Le livre fut avalé en un rien de temps, l'intrigue se durcissant soudain autour de la menace de "ravisseurs islamistes venus du Nigéria voisin à la recherche d'otages européens." C'est là que l'on bascule dans l'actualité la plus contemporaine. Et le résumé de l'éditeur frappe très juste en évoquant "un âpre condensé de l'actualité politique en Afrique de l'Ouest." Le Bénin, que je pensais encore calme (aussi parce que l'on en parle peu dans l'actu occidentale), secoué des mêmes soubresauts que le reste de la région.

Une fin de roman inattendue, pour bien marquer qu'il s'agit là d'un sombre roman. Pauvre Déborah. Culot et vivacité font peu le poids face à l'hydre géopolitique. Je m'attendais à un avenir plus optimiste pour elle. Brrr...  

--> Autres "lectures d'Afrique"...
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