jeudi 29 mars 2012

Trop belles mes jacinthes !

Le précédent billet de blog vous montrait le bulbe en croissance de la jacinthe (au coeur duquel se promenait une araignée cactus : voir Le Zarbi du 27 mars).
C'est la première année que je me laisse emporter par la plantation à foison de jacinthes, et quel bonheur ! Quel parfum ! Quelles couleurs !
J'espère que les bulbes tiendront pour quelques prochaines années...

Mon appareil photo se trouve de fait attiré tout seul vers ces belles plantes, et je l'accompagne forcément.

Là, l'appareil et moi avons choisi de photographier des pétales fanés tombés sur les jacinthes depuis le prunus voisin (1e photo), et photo ci-dessous: c'est une petite plume d'oiseau qui s'était posée sur un pétale de la jacinthe...


Trop belles ! Et celles-ci achetées en soldes de fin de saison de grandes surfaces pour 3 sous... (mais il faut quand même les planter après !!!)
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Embouteillage de coccinelles sur fleur d'euphorbe

Et voici la vidéo prise la semaine passée d'une de mes fleurs d'euphorbes (superbe !) ... en proie à un véritable embouteillage de coccinelles...
Elles surgissent de partout à présent que le soleil darde ses rayons printaniers, se lovent dans un pétale, changent de position, virevoltent, grimpent, redescendent...
Une vraie fourmilière en activité... Pardon, on croirait l'autoroute des vacances des coccinelles ! Eh toi pousse-toi de ma voie !!! EN FAIT, N'AI-JE PAS INVENTE UN SUPER NOUVEAU JEU VIDÉO NATURE FRIENDLY ???
Z'avez pas vu "Super CocciMario" débarquer en bas à droite de l'écran et foncer à toute vitesse vers le trophée en haut de l'écran ??



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mardi 27 mars 2012

Le zarbi du 27 mars : Jacinthe, carnaval and co

Qu'est-ce donc ?
Vous avez reconnu la photo de gouttes de rosée sur ce qui vous fait penser à des écailles de pomme de pin bleue...

Eh oui, j'ai pris cette photo d'une prometteuse jacinthe mauve en bouton, la première semaine de mars (aujourd'hui les jacinthes sont épanouies et sublimes !).




Or qui ai-je donc aperçu à un moment donné, qui me "regardait droit dans les yeux" ???



Une pote araignée couverte de piquants si je ne m'abuse...

eh oui, c'était bientôt le carnaval et elle s'était déguisée en cactus !


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lundi 26 mars 2012

Coccinelles : des "assistantes pédagogiques"

DES COCCINELLES ACROBATIQUES (sur fleur d'euphorbe)
Il est temps de donner des nouvelles des coccinelles du jardin : elles sont partout comme vous pouvez le constater sur les photos du jardin et la petite video qui va venir !!!.

Vous seriez dans mon jardin, à chaque foulée, regard sur une fleur, bêchage : une coccinelle est là enfouie ou baladeuse ou endormie...

Jamais vu ça de parole de jardinière !

Excepté quand enfant, en camping près de la plage de Chatelaillon..., nous fûmes la proie d'une invasion soudaine de nuées de milliers de coccinelles, j'en avais dans les cheveux, si je pleurais de terreur en ouvrant la bouche, elles s'engouffraient là !
"Les Oiseaux" de Hitchock version "coccinelles" ou en VO anglaise "Ladybirds".
Ce fut pour moi petite fille un traumatisme, et j'ai toujours imaginé avec acuité les invasions de sauterelles en Afrique. Mais pourtant, j'étais rompue à l'adage "coccinelle = bête à bon dieu" !!

C'est l'occasion de vous parler d'une initiative d'un instituteur de Brive, Daniel Jaubert,  qui, depuis 15 ans, utilise les bêtes à bon dieu comme assistantes pédagogiques à l'école primaire.

L'école compte même un élevage (commercial) de coccinelles !
France Info en avait fait une chronique...



Et cet instituteur passionné met en garde sur son site les méfaits de la coccinelle asiatique qui envahit toute la France et détruit notre espèce autochtone...

La coccinelle française si je ne dis pas de bêtises dispose de 7 points noirs. Je préfère citer notre expert de l'école de Brive :
joli camaïeu de cocci sur jacinthe

"J'ai 7 points, mais je n'ai qu'un an ! Je ne vis pas plus de 18 mois. Moi, je suis la plus répandue donc la plus connue des coccinelles.
J'ai des cousines à 2 points, mais aussi à 4, 9 et 11 points.
Il paraît que nous sommes 90 espèces différentes seulement en France."

Et ce vénérable instituteur de faire référence à la revue LA HULOTTE : cette revue dont j'ai gardé "précieusement" les exemplaires de mon abonnement d'enfance (mes parents ont fini par me redonner le carton de vieux numéros qui prenait de la place au grenier de la maison familiale...).
NB : Les coccinelles prises en photo dans mon jardin ont passé avec succès le test des 7 points noirs.
Attendons de voir si des mutantes ne sont pas dissimulées ça et là... Et j'espère ne pas assister prochainement à un remake des oiseaux version "Ladybirds".
Dans tous les cas, vous avez bien affaire à un jardin écologique : les petites bêtes sont à l'aise ici !
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vendredi 23 mars 2012

Marek Hlasko : "La belle jeunesse" (Pologne)

La belle jeunesse par Hlasko ***** 1966 - Réf. pays : Pologne / Allemagne/ France / Israel - Type : Autobiographie arrangée
Un livre particulier, très dense à lire, parfois confus, déroutant... à l'image de son auteur : tout part dans tous les sens, Marek Hlasko écrit sur sa jeunesse, ses petits boulots - toujours assortis de petites combines -, la Pologne et le monde bipolaire des années 50, ses rencontres etc.  Et rien ne semble trouver grâce à ses yeux.
L'écriture est confuse, le récit n'est pas structuré mais écrit au fil des idées de l'auteur, sans recul, sans effort. Et souvent afin de provoquer ou le lecteur, ou ses contemporains avec lesquels il paraît souvent en désaccord (du reste, il avoue après avoir quitté la Pologne qu'il n'y laisse qu'une dizaine de vrais amis...).

D'après le résumé en 4e de couverture, je m'étais attendue à une critique plus structurée de la situation politique du "bloc de l'Est", mais M. Hlasko fait tellement passer son goût de la provocation et de la dérision au-dessus du reste qu'on ne sait trop penser de ce qu'il écrit... "Moi je n'ai rien contre les Commies. Tant qu'ils feront leurs saloperies et que je pourrai m'en servir pour écrire, ça me va."
De fait, on découvre rapidement que l'auteur est obnubilé par la quête de l'oeuvre littéraire, cela le transcende et la réalité historique ou sa vie sont de simples munitions qu'il espère ré-utiliser dans un LIVRE. Il admet que si à 40 ans, il n'a pas réussi à écrire un bon livre, alors il "passera à autre chose" et pourra exercer un des 17 métiers qu'il connaît (maçon, chauffeur...).  Il écrit ces lignes à l'âge de 32 ans, ce qui lui laisse "huit années d'essai". Marek Hlasko a fait de sa vie un compte à rebours pesant.

Il est difficile de saisir le don littéraire de cet auteur au travers d'un récit autobiographique, fourre-tout, et déroutant - il aurait fallu pouvoir lire une de ses nouvelles. Tout banalement, quand il raconte par exemple qu'il se retrouve embauché par la revue Pro Prostu, mais sans parvenir à se rappeler dans quelles circonstances - sauf peut-être en y étant allé pour demander une vodka et un hareng... Pour moi, ce genre de remarques n'est pas de la grande littérature.
Et l'auteur justement (qui paraît-il était le sosie de James Dean) s'écoute parler, ou plutôt écrire, en émaillant ses petites histoires de références cinématographiques, et tant de nombrilisme m'a fatiguée. Ainsi que des remarques gratuites ou volontairement provocatrices comme : "Les bourreaux m'ont toujours intéressé. Je suis curieux de savoir à quoi ressemblent les gens qui arrachent les ongles et les cheveux aux autres ou qui leur cassent les côtes. On m'a mis en relations avec lui et je suis allé le voir. C'était un monsieur qui avait l'allure d'un fanatique et il le savait. Il discourait bien, c'était un excellent comédien, et si je devais le comparer à un acteur ce serait à Marlon Brando, avec sa façon de s'exprimer très lentement, comme s'il faisait un immense effort (...)."

A noter quand même, son insolite aveu que son personnage préféré, auquel il s'identifie pleinement, est "Goofie the dog" (le chien Dingo en français). Et M. Hlasko d'ajouter : "J'espère qu'on ne verra là ni orgueil ni exagération si je déclare :"Goofy c'est moi", à l'instar de Flaubert et de son "Madame Bovary, c'est moi".
Dans sa période la plus "goofiesque" et pro-américaine, il ("I, Goofy the dog") demande à s'enrôler dans l'armée américaine, et apprend qu'il lui faut d'abord obtenir un visa et émigrer... Certes, M. Hlasko livre des commentaires intéressants sur l'actualité internationale vue depuis la Pologne ou de son exil, sa découverte de la littérature américaine... Mais le sérieux est rapidement rattrapé par des considérations "absurdes" : Hlasko s'en va ainsi débattre de la meilleure façon, pour un écrivain exilé en Europe, d'abuser du système du pays hôte, en Allemagne notamment, afin d'obtenir le coucher et le couvert  : "simuler l'alcoolisme coûte cher et prend du temps; la meilleure solution reste donc le suicide." Après avoir bien entendu raté sa tentative, le patient joue à l'idiot, organise son séjour en dealant de la benzedrine et simulant des cauchemars terribles qui laissent les psychiatres pantois. Puis il passe aux autres façons de vivoter pour pas un sou, par exemple en goûtant à la prison munichoise, ou en essayant de jouer les proxénètes. Quels sont les lecteurs qui apprécieront ce récit ? Où l'on perçoit que le "beau gosse" est plutôt illuminé... La belle jeunesse ???

"Si mon œuvre littéraire m’autorisait à donner des conseils aux jeunes, je leur dirais : chacun de vous devrait travailler pendant quelques temps pour la police secrète afin de peaufiner son style et d'aiguiser sa pensée. Il faut écrire les livres comme on écrit une dénonciation, en ne perdant pas de vue qu’une délation stupide peut surtout conduire à notre propre ruine."
La partie du récit qu'il consacre aux adaptations selon lui ratées de son roman m'a peu intéressée. Encore trop de nombrilisme... Plus intéressante fut le rapport avec l'administration pour obtenir un visa pour l'Europe, puis un visa de retour en Pologne : mais pour quoi donc ? (on ne saura pas vraiment : esbroufe ou sincérité?). De fait, à la lecture de l'ouvrage, on finit par réaliser que l'auteur a souvent mené le lecteur en bateau en s'inventant par exemple plusieurs mariages, que n'a-t-il inventé d'autres ?
Ce n'est que vers la fin du livre que Marek Hlasko décrit son expérience en Israël : là encore : quoi de véridique dans toutes les aventures qu'il relate... Le fait est qu'il aime boire, et boit beaucoup avec ses copains de beuverie slaves rencontrés à Eilat. Se souvient-il de tout ensuite ? C'est très certainement arrangé...
Dans l'avion qui le mène à Paris, il se dit : "Moi, lugubre et convaincu que je ne tiendrais pas le coup longtemps loin de la Pologne. Je ne savais pas encore que le monde se divise en deux moitiés égales, à ceci près que l'’une est invivable et l’'autre insupportable.  Une remarque vaut alors tout son pesant d'or dans ce livre, M. Hlasko feuillette les petites annonces du journal et lit une annonce pour une "porte d'armoire, à deux battants, en verre". Et cette annonce lui fait réaliser qu'elle contenait "beaucoup plus de vérité sur la vie qu'il avait laissée derrière lui que dans les centaines de pages qu'il avait écrites."
Ce livre comporte beaucoup de regrets, de déceptions : l'une des plus grandes qui semble avoir marqué l'auteur est le peu de considération qu'il recueille à l'étranger en tant qu'écrivain opposant politique. Comme il le dit, "on ne s'intéressait à la Pologne que comme à une banlieue de la Russie".
Marek Hlasko est mort 3 ans après la rédaction de La belle Jeunesse, d'un mélange d'alcool et de drogues. Il lui restait encore 5 ans pour écrire "le bon livre" dont il rêvait. La Belle Jeunesse est finalement un roman très amer.
Ed. Noir sur Blanc, 2012, 242 p.

A propos d'écrivain polonais, voir sur ce blog Witold Gombrowitcz et son "Cosmos" (écrit en 1965) et les Lectures d'Europe de l'Est

mardi 20 mars 2012

Le zarbi du 20 mars 2012 : du "Munch" fait maison

A la suite du dernier Zarbi (13 mars) consacré à une correspondance entre un dessin d'enfant (la planète flottante) et le fruit de la passiflore... Je poursuis dans la même veine avec cette fois-ci la découverte d'un rapport entre le dessin de mon autre enfant et "L'autoportrait entre l'horloge et le lit" d'Edvard Munch (1943).

Comment ai-je réalisé cette "correspondance" ?  Je l'avais simplement sous les yeux :
- l'oeuvre de mon fils est accrochée dans l'escalier
- le tableau de Munch est un magnet collé sur le frigo (depuis la visite de cette magnifique exposition consacrée au peintre norvégien, au Centre Georges Pompidou...)


ALORS ??? Des enfants artistes méconnus !! et pour sûr que le petit à 6 ans n'avait encore jamais vu "L'autoportrait" peint par Munch deux ans avant sa mort.
Sacrée coïncidence, mais attendez la suite : ce même de mes enfants avait aussi réalisé, petit, le dessin ci-dessous, également accroché dans l'escalier... et qui ne manque pas de rappeler le "Cri", l'oeuvre emblématique de Munch.


Alors, voilà : la maman qui a toujours aimé les dessins, barbouillages, gribouillages de ses enfants, possède elle-aussi des chefs-d'oeuvre inestimables. Une triste pensée pour les gribouillis qui n'ont pas survécu à certaines phases de rangements ou de déménagement...

Lien vers l'oeuvre d'Edvard Munch :
- l'excellent Dossier pédagogique réalisé pour l'Exposition 2011/2012 au centre Pompidou : Edvard Munch, L'oeil moderne 1900-1944

Admirez à nouveau le diaporama KIDS'AAART qui figure à l'accueil de ce blog : j'en suis de plus en plus fière !

Rendez-vous mardi 27 mars pour le nouveau Zarbi ! Retrouvez tous les précédents zarbis en cliquant sur la "PAGE Les Zarbis"

lundi 19 mars 2012

Cette semaine au jardin : explosion de jacinthes et giroflées

Des couleurs pour tous les goûts !

Un feu d'artifices de mauves, roses, violets pour mes jacinthes...

et d'oranges, de jaunes et  rouges pour mes premières giroflées.

Les héllébores sont toujours en fleurs, les primevères, quelques muscaris tardifs ici et là, et; multiplication réussie pour mes grosses touffes de bergenias, que j'avais divisées à l'automne :
tous les tronçons replantés ont pris et font même des fleurs !



En revanche, inquiétude pour mon arbuste callistemon, qui me semble sec comme une trique et ne bourgeonne pas...

dimanche 18 mars 2012

John Le Carré : "Une amitié absolue - Single et Single"

Une amitié absolue par Le CarréJohn LE CARRE : Une amitié absolue ***** 2003
Réf. géogr. : Royaume-Uni/Etats-Unis/Irak/Allemagne... - Genre : Roman noir noir noir...
Un roman un peu compliqué qui nous plonge dans les méandres géopolitiques de l'Amérique de Bush, peu reluisante au travers du prisme de Le Carré.
Comment une "amitié absolue" qui relie l'Anglais Ted et l'Allemand Sasha pourrait-elle perdurer et s'épanouir dans ce monde machiavélique ?
La fin du roman est très amère : ce monde est vraiment sans pitié.
Ne pas lire pour se remonter le moral... La cause est désespérée. Le roman est l'un des plus noirs que j'ai lus de l'auteur (qui n'a certes pas pour caractéristique d'écrire des romans "légers"...). (lu en 07/2006)

4e de couverture :
Au lendemain de la guerre en Irak, l'Anglais Edward " Ted " Mundy, fils d'un major de l'armée des Indes, écrivain raté reconverti en guide touristique en Bavière, voit resurgir son passé en la personne de Sasha, l'Allemand de l'Est militant qu'il a rencontré à la fin des années 60 dans un Berlin en proie à l'agitation révolutionnaire et revu durant la Guerre froide pour le montage d'une longue opération d'agent double. Mais aujourd'hui les temps ont changé, et leur amitié renouée au nom d'un idéalisme obsolète se heurtera aux manœoeuvres cyniques d'une Amérique plus impérialiste que jamais.
Avec ce roman engagé d'une actualité brûlante, Le Carré sonne le glas de l'espionnage à l'ancienne et des valeurs surannées qui structuraient l'univers des agents secrets : depuis le 11 septembre, le monde ignore tout code de l'honneur et les "justes causes" n'y ont plus cours quand l'Amérique de Bush tente d'infliger à tous son hégémonie triomphaliste.
Portant un regard désabusé sur les agissements machiavéliques d'une Amérique drapée dans sa bonne conscience, Le Carré dénonce aussi la veulerie aveugle de ses contemporains. Son message désespéré hantera le lecteur longtemps après la dernière ligne.


Single&Single par Le CarréJohn LE CARRE : Single & Single ***** 1999
Réf. géogr. : Angleterre / Russie / Turquie - Genre : Père et fils entre Finance et Mafia
Pas non plus un de mes préférés de John Le Carré... 
Oliver mène une vie banale dans la campagne anglaise. Mais c'est une nouvelle vie, et sa "vie d'avant" le rattrape à force 100 : celle d'Oliver Single fils de l'odieux magnat de la finance Tiger Single...
Avant donc, Oliver travaillait dans le cabinet prestigieux Single & Single, qui gérait nombre d'affaires dans l'ex-URSS - et lors d'un voyage d'affaires, Oliver était tombé amoureux de Zoya,  l'épouse malmenée de l'associé russe du cabinet. Une petite Carmen était née. Le secret semblait bien gardé.
Oliver finit par quitter le cabinet londonien et s'invente une nouvelle vie, quand en fouillant dans le coffre de son père, il découvre que celui-ci a mis en place avec ses "associés" russes une vaste opération de blanchiment d'argent sale. Personnage franc et humain, à l'opposé de son père, Oliver dénonce la combine à un officier des douanes britanniques, qui compte sur lui pour traquer son père... Le suspense est toujours omniprésent, la plupart des personnages totalement amoraux et sans pitié, le monde de la finance internationale est gangréné...  (lu en 11/2008)
 
Résumé éditeur :
"Elsie Watmore, propriétaire de la pension de famille d'Abbot's Quay dans le Devonshire, est inquiète. Elle sent bien qu'il y a quelque chose d'étrange chez Oliver, son nouveau locataire. Malgré son métier de clown ambulant, il est préoccupé. Serait-ce son divorce, l'éloignement de sa fille Carmen ? Mme Watmore est loin d'imaginer la vérité. Et Oliver loin d'imaginer que ceux qu'il avait trahis puissent un jour lui remettre la main dessus dans ce coin perdu de l'Angleterre.
Pourtant, comme dit le proverbe, "le monde est petit" et la banque d'investissement Single & Single a le bras long. Pour sauver son père, Oliver va devoir retourner là où il pensait ne plus pouvoir aller. Dans ce roman étrangement nostalgique, on retrouve les thèmes récurrents dans l'oeuvre de Le Carré : la trahison, la fausse identité, l'échec du couple et la drogue qui devient très vite une double vie. D'une écriture efficace, c'est l'une des toutes meilleures livraisons du maître de l'espionnage anglais".

--> Voir sur ce blog la catégorie "POLARS" ...

samedi 17 mars 2012

Daniel Easterman : "Le masque du jaguar" (Guatemala)

 *****
Réf. pays : EtatsUnis/Guatemala/France/Irlande...
Genre : Policier archéolo-ésotérique...

"Bien"... mais un peu/pas mal long vers la fin !

J'ai surtout aimé ce livre parce que le récit se déroule au Guatemala (Palenque, les Lacandons, Tikal...), avec une incursion ... sur "l'île de la Petite Terre en Guadeloupe !

Donc c'est un arbitrage très personnel puisque ces deux régions du monde me sont chères.
Léo Mallory, archéologue, recherche une cité maya perdue et se retrouve happé dans les développements d'une secte dirigée par Rafael, gourou prétendant incarner le renouveau indien, commanditaire de meurtres sacrificiels (avec coeur arraché...) en France, en Italie... A tous ces meurtres sont mêlés les adeptes de la secte, dont de hauts dignitaires internationaux (ainsi : l'épouse du Président de la république française !).
Beaucoup de péripéties, de retournements, de frayeurs (ah les araignées géantes ! j'ai lu ce livre avant d'avoir visité l'expo sur les Araignées à Paris, qui réconcilie tout un chacun avec ces mignonnes bêtes à 8 pattes... : voir ma page : "ARACHNOPHILIE" !), - Indiana Jones n'aurait pas démérité dans ce roman, il faut reconnaître...



C'est un livre bien documenté, avec de belles descriptions de la jungle guatémaltèque...

 Pour qui a eu la chance de s'y rendre, ce roman vous replongera entre les racines d'arbres géants en train de buter sur un bout de ruine encore enfoui sous la végétation...


Cerise sur le gâteau :

Ci-contre la carte de notre périple sac au dos au Guatemala et au Mexique il y a une foule d'années !
Dessinateur : ma moitié !


Morceau choisi : 
(dédié à tous ceux qui ont monté les marches  étourdissantes de la pyramide et s'en souviendront toujours) :
"Leo était sujet au vertige. Escalader la face sud de la pyramide avait été un supplice. Les marches étaient très étroites et très abruptes. Il se dit que si Dieu existait, il ne devait pas avoir la notion de la verticalité, car rien ne pouvait expliquer à ses yeux qu'il parvienne à gravir cet escalier sans dégringoler en arrière vers une mort certaine et imméritée." (...)
Petit à petit, son angoisse s'estompa pour céder la place à un sentiment proche de la vénération. Même en réglant les jumelles (...), il ne voyait qu'une mer végétale tout autour d'eux. Une brise capricieuse agitait le sommet des arbres (...). Parfois, un vol d'oiseaux en émergeait et s'élevait, porteur d'espoir, dans un ciel de plomb."

Résumé éditeur : "Declan Carberry, membre d'Interpol, est convoqué d'urgence à Paris. Huit cadavres, mutilés à la manière des sacrifices des Indiens Mayas, ont été retrouvés dans la pyramide du Louvre. Parmi les corps, celui du ministre des Affaires étrangères. Au même moment, au Mexique, une équipe d'archéologues met à jour une crypte funéraire issue d'une ancienne cité maya. Resté seul pour la garder, le chef de l'expédition, Léo Mallory, est sauvagement agressé. Transporté à l'hôpital, il est veillé par Antonia, une de ses élèves tombée amoureuse de lui. Mais la vie de Léo est en danger : la jeune fille appartient à une riche famille, et son père élimine tous ses soupirants. Second handicap : sa mère est manipulée par Rafael, redoutable gourou qui cherche la "cité de la vie éternelle". Peut-être est-ce celle que Léo vient de mettre à jour ? Habile mélange de mythe et légendes, sciences occultes et manipulations, romance et poursuites, ce puissant thriller de l'auteur, entre autres du Nom de la bête et de Incarnation, sera apprécié par les amateurs d'aventures exotiques - façon Indiana Jones ! --Claude Mesplède in Babelio / Ed. Pocket 2002. 

Voir aussi sur ce blog : "POLARS" et "lectures d'Amérique latine"

Katarina Mazerati : "Le mec de la tombe d'à côté" (Suède)

Le Mec de la Tombe d'a Cote par Mazetti ***** Réf. pays : Suède - Genre : Rencontre improbable autour d'une tombe

Eh oui, contrairement à la consonance de son nom, l'auteur est suédoise et a écrit un roman suédois !
Je l'ai emprunté suite à toutes les critiques enthousiastes ("pétillant et jubilatoire") sur ce roman.. Mon humble avis : Sans plus...
Déçue plutôt : comme quoi les critiques et l'avis personnel sont parfois ou souvent des droites qui ne se croisent pas...
Pourtant, "l'héroïne", veuve, est bibliothécaire, le "héros" pour sa part est agriculteur : deux mondes qui me "parlent"...
Mais franchement, pas de quoi faire de ce livre un chef-d'oeuvre. A oublier. (Ed. Actes Sud)

Voir aussi : Lectures nordiques

vendredi 16 mars 2012

Audur Ava Olafsdottir : "Rosa Candida" (Islande)

Rosa Candida par Olafsdottir***** 2007 - Réf. pays : Islande et .. monastère Pyrénées ? Genre : Roman de la rose sans eau de rose
Bon livre... surtout pour une amoureuse des fleurs comme moi...
A la mort de sa mère, un jeune islandais de 22 ans, déjà "père par hasard" d'un bébé de 7 mois, décide de porter trois boutures des rosiers de serres de sa mère (nous sommes en Islande : imaginez les soins à prodiguer à ces plants...) jusqu'à un monastère à l'étranger. Jamais le nom du pays étranger n'est prononcé : ce pourrait être en France ou en Espagne, dans les Pyrénées... ?).
Et là-bas, la mère de son bébé le rejoint sans prévenir pour lui confier la petite fille dont elle veut se libérer le temps de finir ses études et de profiter de sa jeunesse. Après tout, elle a tout pris sur elle depuis la brève étreinte (dans la serre !!!) des deux jeunes gens qui ne se connaissaient quasiment pas...
Les deux ex-amants par hasard et parents finissent par tomber amoureux, c'est subtilement décrit, cela leur tombe vraiment dessus... mais la jeune mère décidera de retourner à ses études. On se doute que ces deux-là vieilliront quand même ensemble !
Donc, j'ai apprécié ce roman, mais les critiques dithyrambiques lues avant m'ont laissée sur ma faim et je me suis demandé pourquoi le roman était jugé absolument exceptionnel. . J'aurais peut-être davantage apprécié le livre lors d'une découverte personnelle et non "pré-formatée".

4e de couverture :
"Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée.
Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile." (Ed. Zulma 2010, Trad. C. Eyjolffson)

Voir aussi sur ce blog :

Sofi Oksanen : "Purge" (Estonie)

Purge par Oksanen ***** 2008 - Réf. pays : Finlande/Estonie/Ex-URSS...
Genre : "Le passé rattrape le présent"
J'ai apprécié ce livre parce que je connais les Pays Baltes...
L'aurais-je autant apprécié sinon ?  Je m'interroge car l'histoire du roman entremêlée avec l'Histoire de la région sont quand même difficiles à appréhender.
La vieille Aliide est un personnage d'emblée peu amène, engluée dans ses habitudes (confitures, conserves, mouches à tuer...). La jeune russe Zara est déjà plus sympathique, mais quelle histoire elle traîne déjà derrière elle, plus la mafia aux trousses.
Le récit est très descriptif. Donc détaillé à foison. Donc parfois long... car l'on ne sait pas  où tout cela nous entraîne. Mais la trame est bien menée, et le récit nous mène des épisodes sordides vécus pendant la guerre par Aliide et sa soeur Inge, son mari Hans, les voisins villageois qui pour certains basculent du côté de la délation et des horreurs. Puis la vie continue pour Aliide dans la même maison, seule... et pour Inge "réfugiée" en Russie, totalement mutique sur son passé, mais mère d'une fille et grand-mère de Zara. Une grand-mère très proche de sa petite fille, et une petite fille qui ne rêve que de quitter la misérable vie des grands ensembles, du quotidien russe.. quand passe justement une belle voiture noire..
Au fait, la vieille Aliide : restée tout ce temps seule en Estonie dans la maison familiale ??? N'y croyez-pas, la révélation finale est d'une cruauté inouïe. Et rend le roman inoubliable...

"En 1992, l’'Union soviétique s’'effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes. Ainsi, lorsqu’'elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l'’occupation soviétique et l’'amour qu’'Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’'au bout, quel qu’'en soit le prix.
Sofi Oksanen s’'empare de l’'Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’'Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ? Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français." Ed. stock 2010. Trad. S. Cagnoli - Prix du roman Fnac 2010

Voir aussi sur ce blog :

mardi 13 mars 2012

Zarbi du mardi 13 mars : Une planète magique

Un monde magique. Ce n'est pas du Tim Burton, c'est une correspondance qui m'a frappée quand j'ai regardé un vieux dessin de mon fils (une planète flottante, me semble-t-il) et les fruits de la passiflore du jardin...


Même le soleil s'y retrouve, dans la passiflore et le dessin ! De là à déduire que le petit à l'époque admirait les passiflores et s'en inspirait pour ses oeuvres...;-))).
Pour les amateurs d'art : ne manquez surtout pas le diaporama KIDS'AAART sur la page d'accueil !

et l'expo consacrée à Tim Burton à la Cinémathèque de Paris jusqu'au 05/08/2012 !





Percival Everett : "Glyphe" (EU)

Glyphe par Everett ***** 1999
Réf. pays : Etats-Unis - Genre : Les extraordinaires aventures d'un BB surdoué et philosophe...

Pas de plaisir à lire ce livre (en 2009) car trop de digressions intello/philosophiques/incongrues avec références à tout va (dans la bouche du bébé...) à Kant, Barthes, Nietzsche etc. : l'auteur en effet "convoque tour à tour le traité de physique, la controverse sémiotique ou l'essai philosophique" (dixit Amazon).
Donc "Glyphe" est l'histoire d'un bébé surdoué au QI > 400 (!). Un surhomme en puissance, bébé phénoménal qui attise les convoitises de tous les dingos et puissants de la planète...

D'abord, il se fait kidnapper par une psychiatre folle... Que veut-elle ? Juste disséquer le cerveau du bébé !!! Rien que ça.
Puis le pauvre Glyphounet est sauvé des griffes de cette folle de science pour se faire ensuite enlever par le FBI... Que veut le FBI ??? Le FBI entend tout simplement utiliser Glyphe comme "arme" d'espionnage irrepérable (C'est un bébé : qui soupçonnera un bébé ! mais merdouille en même temps, qui n'a aucun état d'âme pour utiliser un bébé... même pas le FBI).
Puis c'est une secte qui s'empare du bébé prodige pour le soumettre à quelques pratiques d'exorcisme...

Vous parlez d'une vie pour un bébé ! Mais il s'en sort bien en faisant part au lecteur de ses réflexions sur tout ce qui lui arrive avec force références intellectuelles, philosophiques qui, sincèrement, finissent par dépasser le lecteur lambda.
"Parodie de structures et de genres, satire des milieux universitaires au fil de démonstrations délirantes et de dialogues improbables entre Socrate et James Baldwin ou Wittgenstein et Nietzsche, ce roman irrévérencieux se plaît à malmener nombre d'icônes du postmodernisme, dont Roland Barthes, qui y apparaît en "protagoniste invité" sous les traits d'un clown burlesque aux propos abscons..." (redixit Amazon).
Finalement, après tant de péripéties, la maman adorée de Glyphe retrouve son bambin et tous deux parviennent à s'enfuir pour une nouvelle vie INCOGNITO au calme... Ne parlons même pas du père !

Conclusion : un livre qui déborde tellement de réflexions absconses ou abstruses (pour parler comme ce bébé) que j'en avais l'esprit épuisé, noyé... : une lecture qui fatigue, oui ! Et qui ne m'a procuré aucun plaisir particulier ni empathie pour Bébé Ralph...
"Glyphe" rejoint la page de mes "Lectures sans goût"... pour lesquelles peut-être me faudrait-il une seconde lecture, à un moment plus propice, dans un environnement idéal...

Brigitte Giraud : "Une année étrangère" (Allemagne)

Une annee étrangère par Giraud ***** 2009 - Réf. pays : France/Allemagne - Genre : Roman d'apprentissage
Un très, très bon roman.
Laura, une jeune française de 17 ans arrive comme jeune fille au pair en Allemagne pour s'occuper de deux enfants. Nous sommes près de la Baltique, dans la ville natale de Thomas Mann.
Laura a étudié l'allemand bien sûr mais sans en faire une vocation, elle maîtrise mal cette langue mais part dans le pays de Goethe et Thomas Mann pour échapper au climat familial, devenu insupportable depuis la mort par accident de mobylette de son jeune frère. La communication avec ses parents est rompue par cet accident.

Dès son arrivée en Allemagne, Laura manque de repères, de consignes et se retrouve à improviser ses tâches ménagères ou d'encadrement des enfants, faute d'une feuille de route ou d'un ordre établi dans la maisonnée. La jeune ado Suzanne semble n'en faire qu'à sa tête quand il est question d'aller à l'école. Et l'ado Thomas s'emmure dans ses notes de guitare.
Logée au sous-sol de la maison, la jeune fille occupe souvent son temps libre à lire "La montagne magique"...
Toutefois, petit à petit, Laura ne peut que découvrir les dessous du mal-être de la famille... La mère de ces deux enfants s'affaiblit de jour en jour, que de souffrances semble-t-elle endurer seule dans sa chambre... Laura découvre par la force des choses que la maman est atteinte d'un cancer.
Et le père, quel mal le ronge-t-il ? De fait, il  dissimule le secret "honteux" d'être né d'une mère française, qui fut tondue pendant la seconde Guerre Mondiale.
Donc tous les personnages sont des rescapés d'une histoire personnelle et qui les hante. Je vous laisse goûter la fin du récit.
Un livre que je recommande chaudement ! merci Brigitte Giraud.

Petits extraits :

  • "Je dois acheter un journal et du gel pour les cheveux. C'est le seul objectif que je me suis fixé. Mon idée, mon projet. Si je parviens à me donner un but chaque jour, aussi minuscule soit-il, peut-être avancerai-je sans me désintégrer."
  • "J'ai deux choses à accomplir pour demain : acheter un foulard et trouver un "photomaton".
4e de couverture :
"Partie en Allemagne comme jeune fille au pair, Laura, à dix-sept ans, découvre tout d'abord qu'elle ne connaît pas si bien la langue de ce pays étranger. Puis c'est au tour de la famille qui l'accueille, un couple et deux enfants, de la troubler par leur simple mode de vie, leur comportement, leurs habitudes. Est-elle venue pour s'occuper des enfants, pour effectuer des tâches ménagères, pour parfaire cette langue ou tout simplement pour grandir enfin ?
Elle est arrivée dans une famille banale qui paraît moins déchirée que la sienne, moins lourde de secrets et pourtant, peu à peu, Laura va affronter plusieurs mystères : mystère des origines, de la transmission. Elle aimerait tant déceler à travers ces personnages une vérité, un sens qui lui permettraient enfin de combler les vides et les silences de son adolescence interminable. Reconnaît-elle en s'attachant au seul garçon de la famille le petit frère qu'elle a perdu ? A-t-elle raison d'attendre avec autant de fièvre des nouvelles des siens restés en France ?
Parce qu'elle retrouve chez le grand-père des enfants un exemplaire de Mein Kampf, elle est prête à tirer des conclusions hâtives et ne peut s'empêcher de lire ces pages frappées d'interdit qui la révulsent tout en la fascinant. La mère des enfants tombe malade. Le père semble se rapprocher de Laura chaque jour. Que recherche-t-il auprès d'elle ? Laura se demande quel est le prix à payer pour devenir une femme, affronter l'avenir, quitter cette maison pour rentrer dans la sienne."(Ed. Stock, 2009)

--> Voir la page de mes "ROMANS PREFERES"..., dont celui-ci fait partie

Emmanuel Carrère - "Un roman russe"

 ***** 2007 - Réf. pays : France/Russie
Genre : Enquêtes au pays de l'ancêtre et déballage amoureux
Mon premier livre du fils d'Hélène C d'E, qui fut ma prof à l'IEP, une des premières et rares femmes enseignantes dans cette enceinte, et quelle poigne, brr... !. On connaissait l'histoire et le devenir soviéto-russe sur le bout des doigts...
Donc beaucoup de curiosité en lisant ce livre du fiston consacré à la filiation russe.

Emmanuel Carrère part réaliser un documentaire en Russie : il fouette deux chats : en enquêtant d'une part sur son grand-père géorgien "disparu" en 1944, et en effectuant parallèlement un reportage à Kotelnitch sur un ancien prisonnier hongrois libéré après 56 ans de prison dans les geôles russes.

Emmanuel Carrère raconte aussi,  encore en parallèle (il y a beaucoup d'histoires dans l'histoire), sa liaison avec une "Sophie" (pour lui : "sa" Sophie). Et dans le cours du récit, il fait référence à un article "porno olé-olé" qu'il avait fait paraître dans le journal Le Monde pour prouver son amour à cette belle qui avait d'autres chats à fouetter... et c'est là que le bât blesse..

Mal m'en a pris : je me suis procuré le-dit article du Monde ! Quelle débandade, quel abaissement abyssinal notre EC s'est-il infligé aux côtés des passagers de ce TGV. J'en étais gênée pour lui. Et c'est paru sous son nom dans Le Monde... mince, le bonhomme n'a pas beaucoup de pudeur ou d'amour-propre pour étaler de cette façon son marasme amoureux. (Cela m'a fait penser à un roman d'Annie Ernaux - auteur que j'aime pourtant beaucoup, sauf ce roman-là où elle "mendie" publiquement son amour pour un diplomate...).

Ce qui fait que, hélas, l'article du Monde m'a tellement estomaquée que cela a pris le pas sur le roman et l'auteur en tant qu'écrivain.
Mille excuses, Monsieur Emmanuel C., votre "Roman russe", je l'avais bien apprécié et lui avais conféré la note "bien". Un roman vraiment personnel, et compte tenu de votre maman, j'imagine le combat intérieur que vous avez dû mener...
Oublions-donc cette épopée parallèle ayant mené au-dit article du Monde...
Et dès que je peux, je me jette sur" Limonov" (j'ai hâte), en espérant que la Sophie n'y figure pas !


4e de couverture :
"La folie et l'horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j'ai écrits ne parlent de rien d'autre. Après L'Adversaire, je n'en pouvais plus. J'ai voulu y échapper. J'ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête. L'enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l'automne 1944 et, très probablement, été exécuté pour faits de collaboration. C'est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille. Pour exorciser ce fantôme, j'ai suivi des chemins hasardeux. Ils m'ont entraîné jusqu'à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu'il arrive quelque chose. Et quelque chose est arrivé : un crime atroce. La folie et l'horreur me rattrapaient. Elles m'ont rattrapé, en même temps, dans ma vie amoureuse. J'ai écrit pour la femme que j'aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et notre amour. C'est de cela qu'il est question ici : des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s'y prend pour nous répondre." (Ed. Folio)

Voir aussi sur ce blog :

Valentine Goby : "Banquises"

Banquises par Goby ***** 2011 - Réf. géogr : France/Groenland/Danemark

Un très bon roman, sur l'absence d'une fille, d'une soeur, qui n'a plus donné signe de vie une fois partie se changer les idées noires au Groenland, après la mort de sa meilleure amie.
Les parents sont en état de choc, squattent l'aéroport, se délitent, et la jeune soeur Lisa s'efface derrière le souvenir de Sarah la disparue. La famille ne vit plus que par le souvenir et l'incompréhension. A force de compiler tous les souvenirs d'avant, on apprend que Sarah aimait son amie décédée - sa soeur le réalise rétroactivement.  Le temps passe. La mère ne vit que dans le souvenir de sa fille aînée, cruellement, Lisa doit vivre avec... Et le père continue de s'occuper de ses plants d'oignons dont il est spécialiste, et ce qui lui permet de se maintenir à flots - lui et sa femme sont devenus transparents l'un de l'autre..

27 ans ont passé pour qu'un événement marque la césure : les parents vieillissants doivent vendre l'appart' du 5e étage, qui est au nom de Sarah - et que l'on doit donc officiellement déclarer comme décédée. Sursaut alors chez Lisa, désormais quadra mariée et mère de famille. Elle ira sur les traces de sa soeur au Groenland.

C'est un voyage hors du commun que décrit alors Valentine Goby : la quête des lieux, la crête de montagne vue sur une photo jaunie, un parcours de pêche, qu'a pu fréquenter la soeur 27 ans avant... Et ce laps de temps, 27 longues années, c'est aussi le temps finalement si court pour que l'écosystème se craquelle, le réchauffement climatique a entraîné la fonte des glaces de cette zone où sans banquise et froid, on disparaît.

Le récit du quotidien des habitants d'Ummannaq est terrible : le poisson a disparu, avec lui la seule rente de l'île, les habitants déjà si isolés, qui doivent se contenter de légumes fripés au supermarché mais vendus à prix d'or faute de stock...
Ils ne peuvent plus gagner leur vie, ils se suicident, ils sont contraints d'abattre leurs chiens de traîneaux (comment les entretenir ?) - 2500 chiens abattus. La dure vie au Groenland est si bien décrite par l'auteur. Et le volcan Eyjafjallajökull qui poussé par tous les dérèglements entre alors en éruption et isole encore plus l'île du reste du monde.
Lisa, décide elle-aussi d'affronter une sortie de pêche, accompagnée par un pro mais déjà la glace est trop fragile - des mois en avance sur la saison, elle craque, Lisa bascule dans l'eau glacée, les chiens parviennent à redresser l'équipage. De cette expérience, Lisa réalise combien il est facile de disparaître. Mais elle comprend surtout que quelle que soit la manière, sa soeur avait fait son choix de disparaître.

Deux extraits :
  • "Après Asiaat, l'avion longe la mer, c'est saisissant, sous le ciel plombé, de voir la côte blanche mordre l'eau noire. Du blanc, du noir, s'incisant mutuellement sur des kilomètres. Plus loin, d'autres contrastes. En pleine mer, des glaçons étincelants bordés d'un liseré turquoise; c'est d'une violence radicale, les formes blanches à angle aigus nettement détourées sur l'arrière-plan onyx, et cette juxtaposition de lumière diamantine, de fluorescence et de noir. Le contour du hublot isole chaque glaçon, un à un projeté hors cadre par la vitesse. L'objectif de l'appareil photo appuyé à la vitre, Lisa en fixe l'image."
  • "Tous les jours elle fait le tour du village, des rochers autour. Observe la morsure de l'eau sur la glace, sa progression. Elle prend des photos. Les failles s'ouvrent sur l'écran numérique, bleus dilatés heure après heure. Hors cadre les pêcheurs immobiles fixent l'eau. En eux la même béance, sûrement, la même déchirure. Regardant l'horizon, c'est eux qu'ils contemplent."

4e de couverture :
"Vingt-sept ans d'absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n'ont plus compté l'âge écoulé de Sarah mais mesuré l'attente."
En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland. Elle est montée dans un avion qui l’'emportait vers la calotte glaciaire. C’est la dernière fois que sa famille l’a vue. Après, plus rien. Elle a disparu, corps et âme. Elle avait vingt-deux ans. Quand Lisa, vingt sept ans plus tard, se lance à la recherche de sa soœur, elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace. Cette quête va la mener loin dans son propre cheminement identitaire, depuis l’'impossibilité du deuil jusqu'’à la construction de soi. Roman sur le temps, roman sur l’'attente, roman sur l’'urgence et magnifique évocation d'’un Grand Nord en perdition. Valentine Goby signe ici un grand livre sur la disparition d’'un monde." Ed. Albin-Michel, 2011, 247 p.

Voir aussi sur ce blog : Lectures nordiques

lundi 12 mars 2012

Henning Mankell : "Les chaussures italiennes" (Suède)

***** 2006
Réf. pays : Suède - Genre : INOUBLIABLE road movie senior - culte... humain,
Fredrik, un ancien chirurgien vit seul sur son île de la Baltique depuis qu'il a abandonné son métier à l'âge de 51 ans.
Son seul rendez-vous quotidien est un bain glacé, un rituel, et la visite du facteur hypocondriaque (jamais de courrier mais consultation gratuite).
Le salon de Fredrik est envahi par une fourmilière monumentale qui chaque jour prend davantage ses aises. Il s'est fait à cette vie d'ermite. "Mais cela me plaît que quelques rochers dénudés à fleur d'eau puissent s'appeler ainsi. Quelquefois je me figure que les arbres murmurent, que les fleurs chuchotent, que les buissons fredonnent des mélodies mystérieuses et que les églantines, dans les crevasses derrière le pommier de ma grand-mère, font résonner des notes pures sur des instruments invisibles. Alors pourquoi des îlots ne soupireraient-ils pas ?".

Un jour, une femme fatiguée, munie d'un déambulateur, débarque sur l'île : c'est  Harriet, la femme que Fredrik avait jadis abandonnée. Atteinte d'un cancer, Harriet obtient de Fredrik qu'il l'emmène voir un lac dont il lui avait parlé autrefois. Le trajet les confronte, et les rapproche. Harriet boit en cachette pour surmonter la douleur, Fredrik souffre de la voir souffrir. Il réalise que la solitude qu'il s'était imposée sur son île est un leurre : "Je ne voulais pas être un homme qui se trempait dans un trou d'eau glacée pour vérifier s'il était encore vivant".

La quête du lac en plein hiver à travers monts et forêts n'est pas une mince affaire, c'est la partie que j'appelle (gentiment) "road movie senior", avec son lot de péripéties, d'anecdotes, de confrontations amères à la réalité.

Sur le chemin du retour, Harriet demande à Fredrik un autre détour... jusqu'à un petit village et une caravane dans un champ. A l'intérieur : Louise, la fille qu'Harriet lui avait cachée, son secret et sa vengeance à elle, devenus à l'aube de sa mort, son remords.
"Soudain la porte de la caravane s'est ouverte. Une femme est apparue Elle portait un peignoir rose et des escarpins à haut talon. Difficile de dire son âge. (...). Je te présente ma fille, dit Harriet. (...) Je te présente ton père, a dit Harriet à sa fille."
"C'est la première chose que m'a demandée ma fille.  D'aller chercher deux seaux d'eau. Je suis content qu'elle n'ait rien dit de plus. Elle aurait pu me crier de disparaître, ou encore manifester une joie déraisonnable d'avoir enfin rencontré son père. Mais elle m'a juste demandé d'aller chercher de l'eau. Je n'ai rien répondu. J'ai ramassé les seaux et je suis parti dans la neige. Je me suis demandé si elle avait l'habitude d'aller chercher de l'eau en peignoir de bain et talons hauts. mais surtout, j'aurais voulu savoir ce qui avait bien pu se passer tant d'années plus tôt, et pourquoi on ne m'en avait rien dit."

Fredrik découvre donc soudain qu'il est père d'une fille de 37 ans, qui vit dans une caravane en talons hauts .. et vice versa, Louise se retrouve face à un père vivant  - sa première joie sera de photographier ses deux parents ensemble... Et sa deuxième de présenter à son père le bottier italien qui vit au village, artiste de la chaussure, la confection d'une paire lui prenant une année. Louise commande une paire de chaussures italiennes pour son père.

"Une vieille femme avec un déambulateur sur la glace, une fille inconnue dans une caravane. A l'âge de 66 ans, tout ce que je croyais réglé et figé une fois pour toutes commençait soudain à bouger et se transformer." Ces retrouvailles familiales réveillent le passé de Fredrik, quand, chirurgien, il commit une erreur médicale et amputa d'un bras une nageuse émérite, Agnes...
Avec tous ces nouveaux événements qui l'ont ramené à la "vie sociale" ou à la vie tout court, Fredrik décide alors de retrouver Agnes et de demander son pardon. C'est une nouvelle histoire émouvante qui s'insère alors dans le récit... Agnes, handicapée d'un bras, consacre sa vie, son temps, sa maison à des jeunes filles en souffrance, en se heurtant à l'hostilité des voisins choqués de côtoyer un foyer de "délinquantes"... Ils font tous deux connaissance.

Puis Fredrik retourne à sa vie tranquille sur son île, avec sa chatte et ses fourmis, et une nouvelle chienne, la vieille chienne est morte. Et un jour au printemps, débarquent Harriet, Louise et la caravane sur un bac.
Harriet qui vit ses derniers moments, pourra connaître le bonheur de participer à une fête sur l'île où les quelques amis, le facteur, le garde-côte se joignent à eux. Puis elle s'éteint sur l'île.
Louise poursuit un temps ses activités parallèles (écrire ou crier son indignation aux "grands" de ce monde), puis revient s'installer sur l'île dans sa "caravane/coquille". Père et fille ont appris à s'aimer.
Et un jour le facteur apporte un paquet : les fameuses chaussures italiennes...
Et peut-être qu'un jour Agnes amènera "ses" filles sur l'île, loin du bitume et du voisinage méprisant. Aux côtés de Fredrik...

Ce livre est un bonheur de lecture.

Un extrait... (il y en aurait tant à mentionner... autant recopier le livre !)
"Sa voix était calme quand elle me répondit : Toute ma vie, j'ai eu froid. J'ai recherché la chaleur partout, dans les déserts et les pays tropicaux, mais j'ai toujours eu une petite stalactite accrochée au-dedans. Beaucoup de gens trimballent du chagrin, d'autres des inquiétudes. Moi c'était une stalactite. Toi c'est une fourmilière dans le salon d'une maison de pêcheur."

Voir aussi :

samedi 10 mars 2012

Un pur moment d'humanité : The porcelain Unicorn

Mon amie Janine, du Canada, m'a permis de découvrir ce petit film de 3 minutes, qui a remporté le grand prix du court-métrage de moins de 3 min. et 6 lignes de texte maximum....
Pas plus de mots pour commenter ce micro-film magnifique. Les larmes aux yeux seulement.


( British film director Sir Ridley Scott launched a global film making contest for aspiring directors. It's titled "Tell It Your Way". There were over 600 entries. The film could be no longer than three minutes, contain only 6 lines of narrative & be a compelling story. The winner was "Porcelain Unicorn" from American director Keegan Wilcox.
It's a story of the lifetimes of two people who are totally opposite, yet, very much the same - all told in less than 3 minutes.
You'll see why it won.)


Il me faut créer un mot-clé pour les moments d'exeption ! Merci Janine.

Vladimir Sorokine :" La glace, Opritchinik, Tourmente"

Petite intro : Comment ai-je connu cet écrivain ? Grâce à la bibliothèque qui avait mis en rayonnage nouveauté "La glace". J'ai donc commencé par ce roman de 2002: phénoménal, marquant, indélébile, crépusculaire... puis j'ai appris qu'il y en avait eu d'autres et, encore plus tardivement, j'ai su que La glace s'inscrivait dans une trilogie avec deux "suites"... pas encore lues... mais qui me tardent !
L'auteur : "J'ai moi aussi mon propre système optique: mes deux éclairages sont la Russie d'avant la révolution et la Russie post-industrielle de l'avenir. C'est à l'endroit où leurs rayons se croisent que je vois apparaître l'hologramme de la Russie d'aujourd'hui".
Le mot clé : DYSTOPIE - Décrire le monde sous des couleurs futuristes et totalitaires.. Définition Larousse : "Description, au moyen d'une fiction, d'un univers déshumanisé et totalitaire dans lequel les rapports sociaux sont dominés par la technologie et la science. "Le Meilleur des Mondes"/"Brave New World" de Aldous Huxley, est un exemple de contre-utopie."


La glace par SorokinVladimir SOROKINE - La Glace***** 2002
Genre : Phénoménal, marquant, indélébile, crépusculaire... ésotérique, inquiétant...
Ma première rencontre avec un livre de Sorokine, et une découverte totale. je l'ai lu d'une traite (janv. 2009).
Je me suis laissé prendre par l'intrigue, l'angoisse, le mystère (mais qui sont donc ces gens ? cette Confrérie de la Lumière originelle ?), l'originalité du propos et de l'écriture. Les membres de cette secte enlèvent de façon inattendue des individus, blonds aux yeux bleus, dans les rues de Moscou. Pour quoi faire ? Pour faire "parler le coeur des hommes" en leur frappant la poitrine à coups de marteau en glace issue d'une météorite tombée il y a 100 ans en Sibérie...
Seuls les "élus" survivent et rejoignent la Confrérie de la Lumière originelle, les "prêtres de la glace dont la finalité est de retrouver la pureté de la lumière cosmique originelle..., qui se veut pure comme la glace et a pour objectif ultime de purifier l'humanité souillée par la corruption, le sexe, la violence... l'histoire se déroule depuis la Russie stalinienne jusqu'à aujourd'hui.
Et la fin est tellement incroyable, pleine de références, de questions, de surprise... un très bon livre même pour les lecteurs qui, comme c'est mon cas, ne sont pas trop attirés par la science fiction...mais qui apprécient de lire sur la Russie.
"La Glace relate la quête désespérée d'un paradis perdu. Violent, énigmatique, ce roman, qui mêle plusieurs genres - fantastique, policier, satirique, picaresque -, est la critique féroce d'une époque où le sacré semble avoir disparu." (4e de couverture)


Journée d'un opritchnik par SorokinVladimir SOROKINEJournée d’un opritchnik ***** 2006
Bon livre, mais pas aussi bien que La Glace...
Le quotidien d'une milice spéciale, dont les membres sont des assassins, des pervers, des orgiaques... qui règnent sur Moscou dans une Russie totalitaire de l'an 2028.  L'opritchina nous renvoie à Ivan le Terrible, et l'on constate que dans cette Russie de 2028, la vie est effroyable, tout est sous le joug d'une sorte de nouveau KGB, commandé par un tsar sanguinaire et sans plus aucune trace d'un Etat de droit. Ultra-violent, ultra-inquiétant, ultra-lucide ? (lu en 2009)
 "Moscou, 2028. Une oligarchie sanguinaire exerce sur la Russie un contrôle totalitaire absolu. Équipés désormais de moyens technologiques ultra-sophistiqués, les nouveaux maîtres - des opritchniks à l'image des gardes d'Ivan le Terrible connus pour leur sadisme - plongent le pays dans un sanglant féodalisme. Parmi eux, Komiaga, dont Sorokine déroule ici une journée ordinaire, rythmée par ses missions (liquidation d'un aristocrate, détournement de fonds à la frontière chinoise, enquête sur un poème calomniant le gendre du souverain...) et ses rituels, alternant séances de prières et orgies.
"En Occident, être écrivain est une profession, chez nous, c'est un travail de sape : l'écrivain sape les fondements de l'État.  Dans le contexte actuel, ce roman brillant et impitoyable constitue une véritable provocation vis-à-vis du nouveau tsar : on est saisi par la vision de ce qui pourrait être un KGB nouvelle manière, moralisateur et pervers, composé d'assassins qui se réfèrent au christianisme."



La tourmente par SorokinVladimir SOROKINE - La tourmente ***** 2010
"La tourmente" mêle habilement une sorte de récit historique et de science fiction : habilement car il m'a fallu du temps pour comprendre que tout n'était pas réel dans le récit, et que le fantastique y tenait une grande part, et que finalement, plutôt que d'évoquer le passé, Sorokine décrivait l'avenir !
Donc encore peu habituée à la littérature sorokinienne, j'ai pensé au début entamer un roman traditionnel d'obédience "littérature russe traditionnelle", sans référence ésotérique ou science fiction.
J'ai toutefois commencé à me poser des questions je crois quand il fut question de la femme du meunier et de son mari meunier... en fait un être miniature qui boit sa vodka dans un dé à coudre et qu'elle réchauffe contre sa poitrine dans son corsage ! Avais-je bien lu ?
Donc, l'histoire pour moi, au début, prenait l'allure d'un récit historique normal : un médecin doit louer un traîneau ("la trottinette") à un moujik, "le Graillonneux", porteur de pain de son état, pour rejoindre à travers neiges et tempête un village frappé par une épidémie de peste et y livrer les vaccins.
Un récit d'abord ordinaire d'une course en pleine tempête : les patins qui cassent, les couvertures de peaux et le samovar  pour réchauffer le passager, le silence, l'immensité, les hurlements de loups...
Mais le fantastique s'est petit à petit révélé et affirmé au fur et à mesure que le récit s'assombrissait et que la tourmente se renforçait :
- le traîneau est tiré par 50 chevaux… miniatures (franchement, j'ai mis un temps à comprendre cette histoire de mini-chevaux !)
- on rencontre un meunier nain de la taille d’une poupée, désagréable et et injurieux... marié à une belle matrone russe
- Le docteur et le cocher rencontrent en pleine tempête au milieu de nulle part, mais dans des tentes "magiques", des "Vitaminovampires" kazakhes qui dealent de la drogue dure contenue... dans des pyramides de verre...drogue qu’apprécie du reste le Docteur.. C'est à ce moment que le lecteur baigne en pleine SF. Je passe l'épisode du géant congelé sur le nez duquel la trottinette de nos deux compères se fracasse...
- Contre toute attente, Vladimir Sorokine met en scène à la fin des Chinois équipés de téléphones portables qui conduisent un "traîneau/train" tiré par un "cheval géant" haut comme 2 immeubles.
Je dois dire et répéter qu'il m'a vraiment fallu du temps pour comprendre que Sorokine nous avait plongés dans un univers parallèle mêlant passé et futur de la Russie... et que la fin de ce récit n'est pas des plus réjouissantes ou optimistes... En effet : que constate-t-on : que nous sommes dans une nouvelle ère post-énergétique où l'on doit recourir à nouveau aux forces animales "irréelles" faute de carburant ! des animaux rendus géants ou micronains ... par modification génétique forcément ? Un petit livre qui donne froid.
La 4e de couverture précise : "Le couple classique de la littérature russe (le peuple et son élite, la seconde voulant éternellement faire le bonheur du 1er et faisant son éternel malheur) se trouve réuni, fonçant à travers l’espace et le temps dans ce curieux véhicule, version sorokinienne de la célèbre troïka de Gogol (Les âmes mortes). "Russie, où cours-tu donc ?" demandait l’auteur des Ames mortes au début du 19e s".

Bio express : Vladimir Sorokine est né en août 1955 à Moscou, où il réside toujours. Se romans incisifs ne sont pas forcément du goût du pouvoir en place...
Biblio express : Roman 1985-1989 / Le lard bleu 1999 / La glace 2002 / La voie de Bro 2004 / "23000" 2005 / Journée d'un opritchnik 2006 /  Le Kremlin en sucre 2008 / La tourmente 2010

Voir aussi :

Chiens - Lectures canines et actualités hongroises...

Emportée par mon affection pour nos amies les bêtes, et en ce qui me concerne, c'est un toutou qui a toujours été à la maison (pas toujours le même en ces multiples décennies, mais à chaque fois un compagnon affectueux, joueur, dénué de méchanceté, un peu cabot ou particulier comme notre épagneul ancien chien battu adopté à la SPA et qui avait son "caractère" mais qui nous a accompagnés pendant 15 ans et nous pensons tellement toujours à lui..).
Aujourd'hui, depuis 5 ans, c'est Cookie (voir : Doggies ), qui partage notre vie, un peu "space" aussi celle-là : pipi par terre à 5 ans si Mademoiselle a le champ libre pour ça, jappements aigus intempestifs... mais elle fait partie de la famille !
Oh que n'ai-je oublié nos 6 poissons rouges et 4 escargots d'aquarium, membres aussi à part entière de la maisonnée !! Voir : Le zarbi fishophile



Lectures canines : J'ai essayé de recenser les principaux livres mettant en avant nos amis les chiens dans la littérature mondiale. Parfois, le chien est le "personnage" principal, parfois il n'est que secondaire, et parfois il n'a pas du tout le beau rôle...

Dans cette "bibliographie" de livres concernant les chiens, j'évoque le roman du grand écrivain hongrois Sandor Marai : "Un chien de caractère" (L'acquisition d'un chien joyeux mais rebelle, nommé Tchoutora lors du noël 1928, bouleverse la vie d'une famille de la bourgeoisie hongroise du milieu du XXe siècle. En fait, le héros de ce conte moral, un charmant quadrupède, semble totalement rétif aux règles dictées par la bonne société aux êtres inférieurs.).
Et que lit-on dans le Télérama du 29/02/2012, à propos de la politique du nouveau Ministre-Président élu en 2010, qu'étant "capable d'instaurer une taxe sur les chiens non-hongrois", il est "donc capable de tout". Et pour rester dans le domaine de la littérature et de la Hongrie, ce même journal nous apprend que la statue du grand poète Attila Jozsef (suicidé sous un train à 32 ans en 1937) devrait être déboulonnée car considérée comme politiquement trop marquée à gauche : "Une révolution culturelle absurde est en cours",  dixit le journal.
Que n'ai je pensé à photographier la statue du poète lors de notre voyage familial à Budapest il y a ... tant d'années. Dans tous les cas, cette statue en photo dans le Télérama est inoubliable..

Au fait, qu'est-ce qu'un "chien non-hongrois" ??
Et quid des chiens errants : éradication ? voir le roman de Jean Rolin à ce sujet : "Un chien mort après lui"
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