mardi 28 février 2012

Le Zarbi du mardi 28 février : Guirlandes de Noël 100% éthiques

Ah que n'ai-je publié ce message il y a deux mois au moment de Noël !

Ces photos de toiles d'araignées ont été prises dans le jardin en janvier 2012...

La nature recèle des trésors et l'on aurait pu croire que des boules ou des guirlandes de Noël pendaient des arbres...

RV mardi prochain pour le nouveau "Zarbi" !

Et si vous avez apprécié le travail d'orfèvre des araignées du jardin :

Visitez la page "arachnophilie" d'une famille qui n'aimait pas plus que ça ces bêtes à huit pattes, et qui désormais les admire !

Christophe Ono-dit-Biot : "Birmane"

BirmaneBirmane ***** 2007 - Réf. pays : Birmanie - Genre : Aventures
Résumé éditeur :"Partir! "Aujourd'hui, le paradis est à la portée de la carte bleue". En délicatesse avec sa fiancée, son travail, et une vie sans surprise, César décide de gagner l'Asie de tous ses fantasmes avec une idée folle : rapporter de Birmanie, ce pays coupé du monde, l'histoire qui changera sa vie. De Rangoon la tropicale aux mirages de la Vallée des Rubis, il plonge dans une réalité où la violence et la dictature cohabite avec la beauté la plus ensorcelante. Guidé par une jeune femme médecin, il s'enfonce dans le pays. Au coeur des ténèbres, le voyage du jeune Français va se transformer en formidable aventure. Vers une légendaire Femme-Tigre, réfugiée avec son peuple au coeur de la jungle du Triangle d'Or."
...Dévoré ce livre qui nous transplante dans la jungle birmane, le pays aux 10.000 pagodes, sous dictature militaire, ethnies multiples, pouvoir de la drogue, devenu Myanmar... pays que "Monsieur tout-le-monde" n'est pas prêt de visiter. (Toutefois, le pouvoir militaire s'est assoupli récemment : Aung Sang Suu Kiy est désormais libre et pourrait se présenter aux élections...).
Le livre : César est reporter en Birmanie, à la chasse au reportage sur l'opposition à la junte, dans le Triangle d'Or. Il tombe amoureux de Julie, médecin humanitaire, imbibée de birmanitude... Et au fil d'aventures exotiques, de rebondissements multiples, de rencontres avec le peuple birman, et au péril de sa vie, notre César va découvrir l'identité de la fameuse Wei Wei, l'opposante si puissante et mystérieuse de la région Akha dans le Triangle d'or. Bon, la fin est un peu abracadabrante, mais on pardonne !
En conclusion : un super roman d'aventures et une découverte de la Birmanie offerte par l'auteur, Christophe Ono-dit-Biot, lui-même grand reporter (et dont j'avais beaucoup apprécié le livre consacré au Mont Athos en Grèce : "Interdit à toute femme et à toute femelle"-2002).
[Edition Pocket, 408 p. Prix Interallié 2007]

Voir aussi : Lectures d'Asie

Pierre Szalowski : "Le froid modifie la trajectoire des poissons" (Québec)

***** (2007)
Réf. pays : Canada (Québec)

Ce petit livre est un petit bijou d'humanité, de simplicité, en fait un conte de Noël.

Le 5 janvier 1998 s'abat sur Montréal la "tempête du siècle" : tempête de verglas qui fait ployer et casser les poteaux HydroQuebec et couper l'électricité d'une partie de la ville.
Le grand gel va changer la vie des habitants de la rue : empêcher un divorce, rapprocher Boris, le chercheur russe qui étudie la trajectoire de ses 4 poissons dans une eau à 32°, et Julie la gogodancer, le couple homosexuel Michel et Simon et leurs voisin Alexis, alcoolique et homophobe, son gamin Alex, Martin et Anne qui allaient se séparer...et leur garçon de10 ans.
Le narrateur est ce gamin de 10 ans, qui, la veille de la tempête a appris que ses parents allaient se séparer, et qui a demandé au ciel de l'aider... la tempête de glace va permettre de briser la glace entre tous ces voisins qui s'ignoraient, se détestaient ou se méprisaient et faire naître un élan de solidarité au travers de situations parfois vraiment cocasses.

L'auteur, Pierre Szalowski, d'origine française, habite au Canada depuis 1997 (où alors vice-président d'Ubisoft, il dirigea l'implantation à Montréal de la société... Ubisoft : le bijou français des jeux vidéos !).
On peut dire que pour quelqu'un qui n'est pas un canadien de souche, il a bin pogné le parler québécois ! Et c'est un plaisir absolu de lire ce livre.
Le thème des poissons tropicaux, de cet aquarium qu'il faut absolument maintenir à température constante en pleine panne d'électricité est loufoque mais rafraîchissant. Le livre, eh oui, est un rafraîchissement bienvenu dans une production littéraire souvent grise... A lire ! Et mention spéciale pour l'originalité du titre et la couverture (on se demande bien quel genre de livre on s'apprête à lire, et finalement le titre est tellement pertinent...)!

Voir aussi : Lectures d'Amérique du Nord ou plus en détails la chronique "Québec"

dimanche 26 février 2012

Witold Gombrowitcz : "Cosmos" (Pologne)

*****(1965) 
Réf. pays : Pologne - Genre : policier, absurde, inédit, perle littéraire...
SAVOUREUX !!! Une écriture, un récit... prenant ! mais surtout par la façon de l'auteur de mettre en FORME son intrigue, les dialogues etc. :
Ce livre est une REVELATION LITTERAIRE (même à mon âge - je veux dire après avoir tant lu et lu ! :  découvrir un auteur né en 1904..., dont je n'avais JAMAIS entendu parler...). Or, en 1967, "Cosmos" reçut le Prix International de Littérature.
Mieux vaut tard que jamais pour découvrir ce "Cosmos" de Gombrowitcz ! Un style littéraire, une accroche l'air de rien...

Il faut ouvrir le livre, tenir bon les premières pages en se demandant si cela vaut la peine, puis on est "aspiré" par les mots, les tournures, les réflexions du narrateur auxquelles on finit par adhérer (pourtant cela confine parfois à l'absurde !! mais on y adhère et on rit et on est fasciné !)
Avant de lire "Cosmos", roman de 1965, j'ai lu, pour me mettre en bouche, ses "Souvenirs de Pologne" qui m'ont donné un aperçu du personnage... Car C'EST UN PERSONNAGE, ce Witold G. ! Au demeurant, il se met personnellement en scène dans ce livre (le narrateur est "Witold") et certainement dans d'autres que je n'ai pas encore lus...

L'intrigue se dessine en arrière-plan de remarques banales sur les OBJETS, la façon dont les choses "sont" (un verre sur le guéridon, le bouchon d'une bouteille, une lézarde au plafond, un clou planté au bas d'un mur, des fils de laine...). La construction littéraire, la "forme" adoptée par l'auteur, alimentent le suspense, et le lecteur suit avec passion les avancées du récit.

Sur un ton posé et "matérialiste" (tout est détaillé et commenté), Gombrowicz relate ses réflexions... et plus d'une fois, le comique est au rendez-vous et l'on éclate de rire. Ainsi, à propos de ce moineau trouvé pendu (cf. la 4e de couv' du livre), WG remarque que le moineau est "toujours occupé à la même chose, faisant toujours la même chose, il pendait, il pendait, il pendait toujours." Et alors il écrit qu'il devrait "peut-être le saluer de la main ?" !!
Et "les bouches"... oui, les "bouches" ! Elle jouent un rôle particulier dans le récit, dès le début - et ces remarques sur les bouches des uns des autres nous interpellent souvent  tellement elles sont insolites... mais capitales dans la trame du récit :
"Et sa bouche, après la bouche du prêtre... comme la pendaison du bout de bois donnant un sens à la pendaison du moineau... comme la pendaison du chat à celle du bout de bois... comme les objets enfoncés menant aux coups frappés... comme j'avais renforcé le berg par mon berg."
Tous ces questionnements sur des points apparemment anodins qui jalonnent le recit, font de Cosmos un livre unique. A savourer sans modération.

Résumé 4e de couverture Edition Folio :
"Perdu, couvert de sueur, je sentais à mes pieds la terre noire et nue. Là, entre les branches, il y avait quelque chose qui dépassait, quelque chose d'autre, d'étrange, d'imprécis. Et mon compagnon aussi regardait cela. - Un moineau. - Ouais. C'était un moineau. Un moineau à l'extrémité d'un fil de fer. Pendu. Avec sa petite tête inclinée et son petit bec ouvert. Il pendait à un mince fil de fer accroché à une branche. Bizarre."

Witold Grombowitcz : Quelques extraits de son journal au sujet de "Cosmos" :
  • 1962 - "Qu'est-ce qu'un roman policier? Un essai d'organiser le chaos. C'est pourquoi mon COSMOS, que j'aime appeler "un roman sur la formation de la réalité", sera une sorte de roman policier."
  • "Dans l'infinité des phénomènes qui se passent autour de moi, j'en isole un. J'aperçois, par exemple, un cendrier sur ma table (le reste s'efface dans l'ombre). Si cette perception se justifie (par exemple, j'ai remarqué le cendrier parce que je veux y jeter la cendre de ma cigarette), tout est parfait.
    Si j'ai aperçu le cendrier par hasard et ne reviens pas là-dessus, tout va bien aussi.
    Mais si, après avoir remarqué ce phénomène sans but précis, vous y revenez, malheur ! Pourquoi y-êtes-vous revenu, s'il est sans signification ? Ah ah ! ainsi il signifiait quelque chose pour vous, puisque vous y êtes revenu ? Voilà comment, par le simple fait que vous vous êtes concentré sans raison une seconde de trop sur ce phénomène, la chose commence à être un peu à part, à devenir chargée de sens...
    (...) Etant donné que nous construisons nos mondes en associant des phénomènes, je ne serais pas surpris qu'au tout début des temps il y ait eu une association gratuite et répétée fixant une direction dans le chaos et instaurant un ordre."
Quelques extraits choisis :

Léon, le mari de la logeuse... retraité, au parler et aux manies bizarres... :
"- Je suggérerais encore une gustule de ce lait aigrelet, ma femme est une toute spéciale spécialiste du bon lolo caillé, et tout le truc, mon cher vicomte, c'est quoi ? C'est le pot ! La perfection caillatique du caillé est en relation directe avec les propriétés lactiques du pot."

Witold ne parvient à s'endormir et s'abandonne à "un détail" :
"Je me demandai longtemps ce que j'allais faire, dormir ou ne pas dormir. Je n'avais pas envie de dormir et je n'avais pas envie non plus de me lever, donc je me creusais la tête : me lever, dormir, rester couché ? Enfin je sortis une jambe et m'assis sur le lit, et en m'asseyant j'entrevis la tache blanchâtre de la fenêtre, je m 'en approchai pieds nus et relevai le store."

Witold vient de .. pendre le chat de Lena :
"Je m'approchai et l'image du chat devint de plus en plus nette, la langue sortait de biais, les yeux étaient exorbités... Il était pendu. Je pensais qu'il ne s'était pas agi d'un chat, cela aurait mieux valu, le chat est affreux par nature, il y a quelque chose de mou, de duveteux, avec un besoin enragé de cris rauques, de grattements, de coassements, oui, de coassements horribles,le chat est mignon, mais aussi monstrueux."

Witold retourne voir le moineau pendu :
"Toujours occupé à la même chose, faisant toujours la même chose, il pendait, tout comme Fuchs et moi étions venus, il pendait, il pendait toujours. J'examinai toujours la petite boule desséchée, de moins en moins semblable à un moineau : amusant, il y avait de quoi rire, ou plutôt non, mais d'un autre côté je ne savais pas trop, puisqu'en définitive j'étais là, ce n'était pas seulement pour regarder... Je ne trouvais pas le geste approprié, peut-être le saluer de la main, dire quelque chose?"

Les moindres détails sont enregistrés et catalogués :
"(...) l'hier si proche où tournaient en rond les mottes de terre, les poussières, les dessèchements, les fissures, etc., les verrues et les verres, les bouteilles, les fils de laine, les bouchons, etc., etc., et les figures qui en résultaient, etc., etc., cette distance devenait dissolvante, comme un fleuve immense, un déluge, un flux infini."

Berg, Berguer, etc. : le mot révélateur des pêchés du vieux retraité... et du narrateur...
"Ma fille, mon jeune Monsieur, vous la b...berg!... Bergsecrètement, en bergamouraché, et vous voudriez, cher vicomte,  vous emberguer sous sa jupe en plein dans son mariage au titre de bergamant numero un! Tril-li-li Tri-li-li!"
(...) Berg, dis-je."
(...) "Vous avez bergué ?Ah, vous êtes un malin! Moi aussi je bergue. Nous bemberguerons tranquillement ensemble."

Un exemple de "berg" chez Léon :
"Il pressa sur son doigt un grain de sel pour le faire adhérer et leva ce doigt - il l'examina- il sortit la langue - il toucha de sa langue son doigt - il referma la bouche - il savoura."

Le diable réside dans les détails ou que de questionnements sur des points apparemment anodins... :
"J'allais passer entre ceux deux pierres, mais au dernier moment je fis un petit écart pour passer entre une des pierres et le petit coin de terre retourné, c'était un écart minime, rien du tout... Et pourtant ce très léger écart était  injustifié et cela, semble-t-il, me déconcerta... alors, machinalement, je m'écarte à nouveau un tout petit peu pour passer entre les deux pierres, comme j'en avais d'abord l'intention, mais j'éprouve une certaine difficulté, oh très faible, venue de ce que, après ces deux écarts successifs, mon désir de passer entre les pierres a pris désormais le caractère d'une décision, peu importante bien entendu, mais d'une décision quand même. Ce que rien ne justifie car la parfaite neutralité de ces choses dans l'herbe n'autorise pas une décision : quelle différence de passer par ici ou par là ?"

Léon, pragmatique sur son mariage avec Bouboule :
"Savez-vous, Messieurs, que j'ai calculé , le crayon à la main, combien j'avais de secondes de vie conjugale en tenant compte des années bissextiles, et ça donnait cent quatorze millions neuf cent douze mille neuf cent quatre-vingt-quatre, ni plus ni moins, à sept heures et demie du soir aujourd'hui. Et depuis huit heures ce matin, il s'est encore ajouté quelques milliers à ce nombre."

Witold dans son délire de causes à effets...
"Et sa bouche, après la bouche du prêtre... comme la pendaison du bout de bois donnant un sens à la pendaison du moineau... comme la pendaison du chat à celle du bout de bois...  comme les objets enfoncés menant aux coups frappés... comme j'avais renforcé le berg par mon berg."

Voir aussi sur ce blog : Witold Gombrowicz - Souvenirs de Pologne (qui comprend des éléments biographiques et une bibliographie succincte)
et voir :

Witold Gombrowitz : "Souvenirs de Pologne"

Souvenirs de Pologne par Gombrowicz Souvenirs de Pologne (début des années '60) *****
Réf. pays : Pologne - Type : Autobiographie/historique

Les Souvenirs de Pologne sont des feuilletons écrits au début des années 60 pour la Radio Europe Libre de Munich, et retrouvés en 1976 dans les papiers posthumes de Gombrowicz (avec un autre "feuilleton" : Pérégrinations argentines)
Né en 1904, Gombrowicz y livre ses souvenirs de jeunesse, une vie de jeune "bien-né", dans la campagne polonaise de la région de Varsovie, où il se plaît à jouer à l'aristocrate devant les amis.
Il admet volontiers l'excès de "snobisme", d'affectation, qui l'habite, et réfléchit souvent sur la condition des "Seigneurs" comme lui et sa famille par rapport aux gens simples. Ses remarques frôlent parfois la mégalomanie et il le reconnaît lui-même ! Witold G. n'aime pas étudier, ne fait aucun effort, se moque du système éducatif, tout en parvenant à obtenir sur le fil du rasoir son diplôme de droit. Sans beaucoup plus d'enthousiasme, il part étudier à l'Institut des hautes études internationales de Paris. Son récit de sa "visite" du musée du Louvre est inhabituel... et inoubliable !

Gombrowicz décrit d'un ton parfois badin sa relation avec ses pairs, ses débuts d'écrivain, ses réflexions sur la "polonité" et l'Europe, sans trop s'attarder du reste sur les événements de l'Histoire (guerre avec la Russie en 1920, coup d'Etat du maréchal Pilsudski en mai 1926, décès de Pilsudski en 1935, montée du nazisme...). Il adopte une attitude ambiguë par rapport au service militaire : il ne veut pas le faire, et finalement quand sa mère obtient de l'en dispenser, il se sent humilié de ne pas porter l'uniforme aux côtés des patriotes (il se retrouve ainsi dans le manoir familial à la campagne seul au milieu des domestiques).

L'écriture de Gombrowicz est souvent moqueuse, il pose un regard sans concessions sur les artistes qui se disent artistes, et son livre fourmille d'anecdotes sur les écrivains polonais qu'il a croisés durant cette période. (Malheureusement, quand on ne connaît pas du tout ces personnes comme c'est mon cas, ce "name-dropping" continu peut parfois tourner à vide...).
Ce "journal" nous apprend beaucoup de choses sur la Pologne de l'entre-deux guerres, le milieu artistique et littéraire, et explique la quête par Gombrowicz d'un style littéraire nouveau, "une forme" particulière, inédite, de littérature. Afin de mieux comprendre ce qu'il entend par cette "forme", on est obligé de découvrir les romans écrits par Witold Gombrowicz.  Ce fut le cas avec la lecture de "COSMOS", qui pour moi fut une REVELATION LITTERAIRE. Voir le billet sur Cosmos...

Complément biographique (d'après Wikipedia) :
La publication des "Mémoires du temps de l'Immaturité" en 1933 puis de "Ferdydurke" en 1937 a imposé Gombrowicz comme l'enfant terrible de la littérature moderne polonaise. Il se lie avec les écrivains d'avant-garde Bruno Schulz et Stanislas Witkiewicz. Arrivé en Argentine pour un court séjour en 1939, l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie le dissuade de rentrer en Europe, il restera 25 ans en Argentine. Gombrowicz revient en Europe en 1963, à Berlin puis en France où il décède en 1969.
L'œuvre de Gombrowicz, interdite en Pologne par les nazis puis par les communistes, tomba dans un relatif oubli jusqu'en 1957 où la censure fut levée provisoirement.  

Extraits choisis :

Gombrowicz met à nu sa personnalité :
- "Je suis né et j'ai grandi dans une maison très respectable."
- "Je pense que l'année 1920 a fait de moi ce que je suis suis resté jusqu'à aujourd'hui : un individualiste."(...) Un excellent savant, lauréat du Prix Nobel, s'étonnait récemment, après avoir lu un de mes livres, que j'étais si peu polonais - car pour lui les Polonais c'était la mort héroïque sur le champ de bataille, Chopin, les insurrections et la destruction de Varsovie. Je répondis : "Je suis un Polonais exacerbé par l'histoire.""

- "Les rapports avec moi ont toujours été et sont encore difficiles, car je tends par principe à la discussion, au conflit, j'essaye de mener la conversation de telle sorte qu'elle demeure hasardeuse, parfois même désagréable, embarrassante, indiscrète, car cela entraîne dans le jeu aussi bien ma personnalité que celle de mon interlocuteur."
"- Un des changements formels de cette époque riche en métamorphoses fut la suppression des poils chez les hommes: on voyait non seulement disparaître les barbes mais aussi les moustaches.(...) Je n'oublierai jamais le cri d'une de mes cousines en voyant mon père entrer dans l'appartement le visage complètement rasé. (...) C'était le cri perçant d'une femme offensée dans sa pudeur la plus profonde.  Si mon père avait été nu, elle n'aurait pas fait plus terrible vacarme - et à vrai dire elle avait raison : c'était en effet une impudeur de premier ordre que cette apparition subite et scandaleuse d'un visage que mon père avait toujours dissimulé sous des poils."
- "Lorsque votre voisin vous montre avec dévotion la bague de l'arrière-arrière-grand-père, vous pouvez légitimement supposer que le présent de cette famille est rudement moche pour que le passé lui en impose tellement."

L'aversion de Witold G. pour les musées ! :
- Cette expédition (au Louvre) fut un désastre. (...) Escaliers. Statues. Salles. (...) Je prenais un air de parfait campagnard pour promener mon regard dans ces salles remplies de la monotonie infinie des oeuvres d'art, je respirais cette odeur de musée qui donne mal à la tête, et mes yeux passaient d'un tableau à l'autre avec ce mélange de mépris et d'ennui que suscite la surabondance. Ils étaient nombreux - ces chefs-d'oeuvre -, et la quantité tuait la qualité. Sans parler de leur disposition monotone... sur les murs. Je bâillai.
- "Certes, le visage de la Joconde est beau! écrivais-je.  Mais quel profit en tirons-nous ? Il est beau, mais il rend affreux les visages de ses admirateurs. Sur le tableau : beauté - mais devant le tableau : snobisme, bêtise, effort hébété pour saisir quelque chose du visage ce cette beauté puisqu'on vous a informé que beauté il y a. Je vois aujourd'hui à quel point mes réactions sont polonaises (...) cette polonité en moi est incurable - je l'éprouve à chaque pas que je fais à l'étranger, cela me fait presque rire - chez un homme comme moi, "affranchi" semble-t-il, de tous les liens."

Au sujet de l'écrivain polonais Bruno Schulz ("Les boutiques de cannelle") :
- "Chose étrange - il m'est impossible de me rappeler comment j'ai fait la connaissance de Bruno Schulz. (...) Je garde en revanche une image très précise de lui, tel que je le vis pour la première fois : un tout petit bonhomme. Tout petit et apeuré, parlant très bas, effacé, tranquille et et doux, mais avec de la cruauté, de la sévérité cachée au fond de ses yeux presqu'enfantins. ce petit bonhomme fut le meilleur artiste parmi tous ceux dont je fis la connaissance à Varsovie - incomparablement meilleur que Karden, Nalkowska, Goetel et tant d'autres académiciens des lettres(...) La prose qui naissait sous sa plume était créatrice et immaculée, il était parmi nous l'artiste le plus européen (...)."
"Et même en Pologne, qui le connaît aujourd'hui ? Quelques centaines de poètes? une poignée d'écrivains? il est resté ce qu'il a été, un prince voyageant incognito."
(...)"mais il suffisait de mettre le nez dans son livre pour qu'un autre Schulz se révèle, tout-à-fait différent, majestueux, aux phrases lourdes et somptueuses se déployant lentement comme la queue éblouissante d'un paon, un inépuisable créateur de métaphores, un poète extrêmement sensible à la forme, à la nuance, déroulant comme un chant sa prose ironiquement baroque."
(...) La différence essentielle entre lui et moi, c'est que, tout autant pénétré que lui par la forme, j'aspirais cependant à la faire éclater, je voulais élargir le champ d'action de ma littérature, afin de lui faire embrasser un nombre de plus en plus grand de phénomènes - tandis que lui, il s'enfermait dans sa forme comme dans une forteresse ou dans une prison."


De la polonité, de l'Europe, être ou ne pas être un véritable "européen"... :

- "Je ne le connaissais pas personnellement mais je savais qui il était : écrivain, intelligent, talentueux, européen..."

- "(...) dans la pension bizarre où j'étais descendu, je me trouvai en présence d'une collection d'individus qui semblaient avoir été intentionnellement rassemblés pour illustrer le mélange de styles et le grotesque polonais."

"- Mais je répète ce que je viens de dire : cette Pologne née de la Première Guerre Mondiale était un pays d'hommes paralysés. (...) on repoussait tout au lendemain, c'était la pratique du délai généralisé, on attendait que le monde se calme, que l'Etat se consolide, qu'une possibilité de manoeuvre apparaisse. (...) moi je me révoltais (...), je ne voulais pour rien au monde accepter le rôle de temporisateur, et, voyant que la collectivité me l'imposait, je ne voulais pour rien au monde lier mon destin à celui de la collectivité.
- (...) [un point] d'appui en dehors de la Pologne ? Mais où? Sur quoi pouvais-je m'appuyer ? Je me méfiais des croyances, des idéologies, des institutions. Je ne pouvais donc m'appuyer que sur moi-même. Et pourtant j'étais polonais, façonné par la polonité, et je vivais en Pologne. Il fallait donc fouiller plus profondément mon "moi", atteindre l'endroit où il n'était plus polonais mais tout simplement humain."

- "Moi j'avais peur en Pologne. (...) L'unique cause de mon angoisse, c'était sans doute que je percevais que nous appartenions à l'Est, que nous étions l'Europe orientale et non pas occidentale - oui, ni notre catholicisme, ni notre aversion pour la Russie, ni les liens de notre culture avec Rome, avec Paris, ne pouvaient quoi que ce soit contre la misère asiatique qui nous dévorait d'en bas... toute notre culture était comme une fleur épinglée sur la peau d'un mouton."
- "Au fond, je ne supportais pas les Européens dans le style de Mme Nalkowska, qui s'assimilaient le savoir-vivre de l'Europe et s'abstenaient d'une confrontation essentielle avec l'Occident. (...) Si Zofia Nalkowska avait eu des liens plus forts, plus douloureux avec la réalité polonaise... Si elle avait suivi les traces de Chopin qui conquit l'Europe par sa polonité, c'est-à-dire par sa réalité personnelle, authentique...(...). Mme Nalkowska était donc l'ambassadrice de l'Europe en Pologne plus que la représentante de la Pologne en Europe, ce qui n'était pas, à mon avis, la meilleure méthode pour se transformer en Européenne authentique."

Le rapport de Gombrowicz à l'Histoire :
- "En ces temps troublés où nous vivions, tous les hommes avaient eu l'occasion de vivre un certain nombre de moments historiques - moi aussi. J'avais tout de même assisté à la fin de la Première Guerre mondiale, à la résurrection de la Pologne, à la bataille de Varsovie, au coup d'Etat de mai, etc., etc. mais j'éprouvais chaque fois dans des moments pareils une sorte de révolte contre l'histoire, je ne pouvais pas accepter le fait de n'être rien, une paille au gré du vent, et que tout s'accomplisse en-dehors de moi. il faut sans doute attribuer cela à un individualisme acharné contre lequel je ne peux rien, car je suis né avec et je mourrai de même."
- Dernière phrase du livre, quand Gombrowicz rentre d'un séjour en Italie, en train, un voyage lugubre comme il le cite. Le train arrive à Vienne... : "Des Heil Hitler parvinrent jusqu'à nos oreilles. La ville était en folie. Je compris : c'était l'Anschluss. Hitler entrait à Vienne."

De l'alcool :
- "De ce qui se produisit alors, j'ai conservé l'impression d'un crescendo rapide, d'un bourdonnement de plus en plus intense... se transformant en véritable mugissement... c'étaient les jeunes qui venaient de se ruer sur la vodka, en cinq minutes nous étions gris, je n'ai jamais vu tant de personnes se saouler ensemble, d'entrée de jeu, comme sur ordre..."
- "Nous vivons comme si nous allions mourir - me cria un jour dans l'oreille Swiatek Karpinski au cours d'une beuverie, et cette réflexion rendait bien compte de l'atmosphère qui pesait sur la Pologne plus encore que sur le reste de l'Europe."

Edition Folio, traduction C. Jezewski et D. Autrand, 338 p.

Bibliographie succincte :
  •  Mémoires du temps de l'Immaturité  / 1933 (ré-intitulé Bakakaï en 1957)
  • Ferdydurke / 1937
  • Les envoûtés / 1939
  • La pornographie / 1960
  • Cosmos / 1965 (chronique sur ce blog)
  • Journal vol.1 / 1957 - vol.2 / 1962 - vol.3 / 1966

mardi 21 février 2012

Le Zarbi du mardi 21 février

Afrique du Sud
Voir le monde  AU FEU ROUGE !

C'est-y-pas "zarbi" ?? Non, c'est pratique !!!!

A voyager agrippée à son appareil photo, il est facile de dégainer l'appareil et de tirer sur tout ce qui bouge,

ou plutôt de profiter du répit d'un feu rouge en bus, taxi etc. pour photographier la scène qui se présente!!!

Voici donc des clichés saisis de par le monde  à l'aubaine d'un feu rouge, et même quand le feu passait au vert !

Regardez sur la page d'accueil du blog colonne de gauche en bas pour voir défiler l'album complet !

Sydney
Tachkent, Ouzbekistan
New York
New York


Moscou



NB :

Griller du feu rouge est mauvais pour la santé !


A mardi prochain...

lundi 20 février 2012

Cette semaine au jardin (20 février)


Une semaine avec le redoux !

Après avoir quand même eu la traditionnelle vague de froid la première quinzaine de février.

Pas de dégâts dans le jardin, si ce n'est mon petit avocatier (en haut à droite sur l'image) qui m'a l'air d'avoir sérieusement grillé.. J'ai oublié d'aller vérifier l'état de son collègue planté à l'autre bout du jardin (issu d'un noyau aussi...).

Peu de crocus fleuris chez moi : suis un peu déçue !

Mais je peux tout de même admirer le spectacle des bulbes qui sortent ici et là, ou des petits bourgeons des arbustes.

Incroyables mes coccinelles : la plupart sont toujours à leur place de prédilection ! et j'ai aperçu aussi un chameau d'escargot, que j'ai bien entendu laissé tranquille près de son repas (une tulipe prometteuse)...

La nature se réveille, c'est merveilleux. J'adoooore !!! et je fais coucou à ma copine Valérie qui vient de me déclarer sa passion pour le jardinage !









dimanche 19 février 2012

Rachid Boudjedra - "Timimoun" (algérie)

 ***** (1994)
Réf. pays : Algérie
Bien aimé ce petit livre qui relate un voyage d'Alger à Timimoun (sud du pays) d'un groupe de touristes conduits en bus par le narrateur, un ancien pilote de chasse chassé de l'armée pour alcoolisme et reconverti dans le tourisme.
Il y a en fait beaucoup derrière les lignes de ce récit : pertes d'êtres chers, difficulté de (sur)vivre, alcoolisme, idées suicidaires, terrorisme, rapport ambigu au désert, amitiés de jeunesse, rupture avec le père, psychodrame enfant avec la mère honteuse de "ses menstrues", absence de l'amour, et finalement peut-être homosexualité refoulée.

Le récit se déroule durant les dures années '90, et Rachid Boudjedra ponctue régulièrement son récit d'extraits de coupures de journaux relatifs à des attentats, le texte étant mis en exergue avec retrait de paragraphe et police en majuscules - et le guide-narrateur se trouve complètement bouleversé à chaque nouvelle annonce de massacre.

Le narrateur, " il " (je crois que jamais son nom n'est précisé)  a touché à son premier verre de vodka à 16 ans, quand son frère aîné est mort "écrasé" par un tramway (suicidé ?) et il n'a pas arrêté de boire depuis.
Aujourd'hui, à 40 ans, il pense beaucoup à la peur (il est une cible des terroristes - le roman se passe dans les années de braise, et il porte sur lui des capsules de cyanure), il pense au suicide, et il pense à l'une des jeunes touristes, Sarah, dont il s'amourache, mais qui, elle, regarde ailleurs.
Il n'a jamais connu de femme de sa vie ("il est passé à côté").
Durant cette expédition touristique, il assiste aux amours passagères de Sarah avec un autre, cela le mortifie, lui fait boire des litres de vodka... jusqu'à la fin du roman où il a une révélation : ce n'est pas Sarah qu'il aime ("elle est laide tout d'un coup, comme morte pour moi") : c'est l'image que renvoie Sarah du copain de jeunesse du narrateur, dont il a souvent  évoqué leurs moments communs durant le récit. Un amour refoulé, qui lui explique le pourquoi du déroulement chaotique de sa vie.

LE DESERT :
  • "Le désert, la nuit, est une véritable imposture. On croit rêver. On perd le sens du réel. On y voit des chamelles beiges cicatrisée de rose en train de nomadiser. des palmiers verts posés sur les dunes safran. Mais tout cela est faux. Le Sahara est méchant. Il est dur. Il est insupportable. Seuls les touristes de passage le trouvent idyllique et envoûtant."
  • "C'est à ce moment-là que je suis devenu guide touristique. Au début, j'étais très réticent et très jaloux de livrer le Sahara à des touristes autochtones ou étrangers qui y viennent pour être heureux. Je pense tout-à-fait le contraire.  Je crois que c'est un lieu pour souffrir. Je ne voulais pas vendre cette chose qui m'était si précieuse et si désagréable, à la fois, comme un dépaysement garanti à des groupes de gens souvent pressés, souvent béats. Personne ne connaît la souffrance s'il n'a pas regardé de-haut l'Assekrem ce chamboulement cosmique qu'est le Hoggar. Cette désintégration lunaire où la rocaille, le sable, les dunes, les crevasses et les pics majestueux donnent envie de mourir tout de suite. Le Sahara c'est ce grabuge intolérable du monde, ce bouleversement  incroyable de la géographie et de la géologie."
  • Le soleil couchant, durant ces jours polaires, semble un lambeau ovale, rouge et livide, à la fois, flamboyant et terne, brouillé et distendu."

TIMIMOUN :
  • "Je devais donc attendre à Timimoun où 175 km de galeries amènent les eaux d'une nappe souterraine située, paradoxalement, au-dessus des terrains irrigués. (...) Timimoun possède des canalisations en forme de peignes à l'aspect complexe qui distribuent l'eau à chaque jardin (...). Chaque opération de partage de l'eau donne l'occasion d'une répartition du débit initial en débits dérivés, puis en débits sous-dérivés, donc en nouvelles canalisations dont le nombre se multiplie à l'infini."
  • "Timimoun est un ksar rouge très ancien, avec ses murailles construites en pisé ocre. Il se love sur une longue terrasse qui domine d’ine vingtaine de mètres la palmeraie. Son minaret soupçonneux à l’architecture de poupée, aux lignes arrondies et au pisé grenu, surveille le désert alentour. Avec ses dunes gigantesques et très mobiles. Ses anciennes routes de l’or et du sel."
  • "Au fur et à mesure de la succession des plans : la ville moderne, le ksar, la palmeraie, qui deviennent, avec le changement rapide de la lumière, des détails de plus en plus brouillés, flous, brisés. Parce que le désert avec son espace et sa clarté réduit les choses et les rend approximatives et schématiques. La casbah de Timimoun se résume à ces rangées de ruelles labyrinthiques, de fenêtres, de terrasses,de coupoles, de portes en bois trop vieilles, d'arcades, de minarets et de jardinets carrés et luxuriants."
LA PEUR :
  • "Je n'ai jamais parlé de la mort, de la tentation de la folie et du suicide, dans le désert, à mes clients."
  • "La peur est là. Elle est atroce. Elle m'a toujours habité. J'essaie de l'enrayer à coups de vodka et de randonnées dans le désert le plus grand et le plus désertique du monde."
  •  "LE GRAND ECRIVAIN TAHAR DJAOUT ABATTU DE DEUX BALLES DANS LA TETE AU MOMENT OU IL DEPOSAIT SES DEUX FILLETTES DEVANT LEUR ECOLE" (note : Tahard Djaout : voir Lectures d'Algérie sur ce site)
  • "...UNE FEMME DE MENAGE AGEE DE 46 ANS ET MERE DE 9 ENFANTS A ETE ABATTUE DE DEUX BALLES DANS LA TETE ALORS QU'ELLE REVENAIT DE SON TRAVAIL.: C'est à cette période que ma vie, déjà très boiteuse, devint intenable. La recrudescence des assassinats abominables me révoltait (...). Dès que je revenais à Alger, je perdais le sens de la réalité. Je changeais de domicile tous les trois jours. je vivais sur le qui-vive, mes capsules de cyanure à portée de main. Sait-on jamais ? Un jour peut-être j'aurais le courage d'en croquer une. Mais c'est fade le néant !"
LE TRAUMATISME DES MENSTRUES DE SA MERE :
  • "Huit ans. Découverte derrière la porte de la cuisine de chiffons imbibés de sang noirâtre (...). Ce jour-là, je compris ce que c'était que du sang de femme. Je vomis pour la première fois. Toute ma vie, j'ai rêvé de morceaux de coton ensanglantés (...). Je rêvais aussi que toutes les femmes, dont ma mère, étient mortes et qu'elles étaient parties en ne laissant pour toute trace de leur existence qu'une petite flaque de sang en train de coaguler sous l'effet de la chaleur. Depuis cette rencontre avecl'intimité féminine j'ai considéré les femmes comme des victimes, des êtres à part, porteurs de plaies redoutables qui attirent les cafards, derrière les portes de cuisines. A leur insu ! "
 
L'ALCOOLISME :
  • "Mais le pire c'est la vodka. Elle m'a donné ce cou de poulet déplumé qui semble toujours nager dans le col de mes chemises; ces yeux brouillés aux paupières lourdes et sans cils. Ma pomme d'Adam a l'air de tourner sur elle-même, tel un gros bouton en carton-pâte amidonné. Toujours aussi cette allure de vieille tortue (...)".
  • Il répare son minibus (qu'il a appelé "Extravagance") : "Une manière d'occuper le temps pour ne pas boire et pour plaire à Sarah qui n'a pas l'air de se rendre compte de l'effet désastreux que produit le manque d'alcool sur mon organisme imbibé depuis l'âge de 1'âge de 16 ans. La passion du désert vint plus tard."
(Ed. Folio, 1995)

Voir aussi : Lectures d'Algérie  et  Lectures d'Afrique

mercredi 15 février 2012

Anton Tchekhov : "La dame au petit chien" (Russie)

La Dame au petit chien et autres nouvelles par Tchekhov  ***** (1899) Réf. pays : Russie

Ah ce Tchekhov !
Le petit chien n'a pratiquement pas de rôle ou de place dans le récit... il n'est aperçu que quelques rares fois par le lecteur, et uniquement pour qualifier la dame qui le promène !
Anna, jeune mariée qui semble délaissée par son mari, est venue prendre l'air de la côte à Yalta, seule avec "son" chien : "On disait qu'un nouveau personnage était apparu sur la côte : une dame avec un petit chien. (...) Elle se promenait seule, portant toujours le même béret, et avec son loulou blanc. Personne ne savait qui elle était, et on l'appelait simplement "la dame au petit chien."

Le narrateur, Dmitry Gourov, est un père de famille moscovite de 40 ans, marié à une femme revêche qu'il ne se gêne pas de tromper. Lui et sa famille sont aussi en vacances sur la côte de la Mer noire. Quand il aperçoit Anna et son petit chien, il tient là une nouvelle conquête !
Anna n'est pas belle ou extraordinaire, elle s'écoute, hésite, geint souvent : je la traiterais facilement de "pleurnicheuse" et son personnage m'a quelque peu horripilé... Et au demeurant Dmitry prend lui-même cette liaison plutôt légèrement, histoire de passer du bon temps pendant des vacances sinon ennuyeuses avec femme et enfants!!!
Cependant, les vacances terminées et chacun rentré chez soi, Dmitry, premier surpris, finira par se languir de cette femme. Il cédera finalement à la passion et se rendra jusqu'à la ville d'Anna : "Soudain la porte principale s'ouvrit, une vieille femme sortit, suivie du loulou blanc. Gourov voulut appeler le chien, mais son coeur se mit soudain à battre et d'émotion, il ne put se rappeler du nom du loulou." Anna, tout aussi émue, acceptera de continuer une liaison adultère dépendante d'allers retours entre Moscou et la région de Saint-Petersbourg, elle sera confrontée à la dissimulation de l'adultère et, bien évidemment, cela la rendra "émotive"... Et Dmitry, faisant alors montre de compassion (terme majeur dans l'oeuvre de Tchekhov) lui prononcera, à la fin du récit, des paroles "rassurantes" (...mais énigmatiques pour le lecteur : cela finit-il bien ou non ???).

"La dame au petit chien" est présenté comme un des chefs-d'oeuvre de Tchekhov.
Mais comme le constate V. Volkoff (traducteur) dans sa préface : "Que s'y passe-t-il ? Rien. (...) un viveur insignifiant s'engage dans une liaison qui durera probablement plus que les précédentes. C'est tout. Et pourtant, on ne pourrait ajouter ou soustraire une phrase sans rompre l'équilibre miraculeux de l'ensemble, combinaison de nuages au ciel plutôt qu'édification d'une bâtisse ancrée dans le sol."

Mon (humble) avis : Cette nouvelle ne se déguste pas à la première lecture, où l'on reste assez insensible à ce récit simple autour de deux personnages assez banals,  à la fin incertaine, et où même le chien est un leurre ! Mais une seconde lecture nous réconcilie avec cette petite histoire bien immorale et qui fait honneur au style dépouillé de Tchekhov, à cette écriture réaliste et  "impressionniste".

Il est important de savoir que Tchekhov, né en 1860 et d'origine très modeste, était médecin, passionné par son travail auprès des malades. Il a écrit de nombreuses pièces et nouvelles, et "contes" (La Steppe 1888, Oncle Vania 1890, La Mouette 1896, Les Trois Soeurs 1900, La  Cerisaie 1903...). De santé fragile, il meurt en 1904 à 44 ans. Il était l'ami de Maxime Gorki et d'Ivan Bounine.
"La dame au petit chien" ravira les amateurs de littérature impressionniste de la 2e moitié du 20e siècle, mais risque de laisser sur leur faim les amateurs d'intrigue exaltée, de récit passionné et tortueux... (et les passionnés de chiens !).
["Nouvelles"/Edition Livre de poche, 1993, traduit et préfacé par Vladimir Volkoff]

LE SAVIEZ-VOUS ?
Le très beau film "Les yeux noirs" de Nikita Mikhalkov (1987), avec Marcello Mastroianni, Silvana Mangano et Marthe Keller, est inspiré de "La dame au petit chien".

Voir aussi :

mardi 14 février 2012

Le zarbi du mardi 14 fév

C'est la ...

Saint Valentin !!!!

Pour cet aimable rendez-vous, cette "feuille coeur" trouvée très à-propos dans le jardin...

Et cette adorable pomme de terre issue de mon filet à patates, que je mets de côté depuis 1 mois 1/2 sans pouvoir la cuisiner, si belle et unique...




MAIS je profite aussi de ce jour pour improviser à partir de deux photos pleines de coeur(s) prises à Kiev en février 2009, et de m'essayer aux effets de Photoshop pour la première fois !
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effet "aquarelle"
On appellera ça de l'art moderne... mais rien ne vaut l'image de cette feuille en forme de coeur avec son manteau de givre ou de ma patate coeur un peu fripée...
effet "étalement"

effet "pinceau à sec"

 Joyeuse Saint Valentin !

Marina Lewycka : "Deux caravanes" (R-U, Ukraine)



Marina Lewycka - Deux caravanes (2007) *****
Réf. pays : Grande-Bretagne/Ukraine
Un bon roman sur le parcours de quelques immigrés clandestins d'Europe de l'Est (entre autres) venus tenter leur chance en Angleterre, avec un zoom sur les filières mafieuses qui les exploitent, la précarité, la solitude...
Mais pas pour nos personnages principaux qui découvrent la solidarité, l'aventure et l'amour...La pointe d'originalité du roman (ou l'une d'elles) tient aux interventions du "Chien" dans la construction du récit, et dans l'histoire ! "Je suis un chien je cours je cours....".

Voir d'autres livres "avec" chien(s) : Lectures canines
 
Irina et Andrei, tous deux Ukrainiens, se retrouvent par hasard à faire le ramassage de fraises dans le Kent, pendant l'été... Arrivés là via une filière clandestine, à leur corps défendant : ils pensaient obtenir un droit de séjour en bonne et due forme pour tenter une vie meilleure "à l'ouest"...
Les cueilleurs clandestins forment une communauté disparate, entassés dans deux caravanes qui rouillent sur un parking désert, une pour les hommes et l'autre pour les femmes. Bientôt un chien errant les rejoint. Chacun arrange un minuscule coin dans le peu d'espace et disputes, broutilles, clins d'oeil en coin sont le lot commun de la promiscuité. En revanche, l'atmosphère se détend par magie (et petite bière) au moment du repas commun.
Nous suivons plus particulièrement les deux personnages ukrainiens, Irina, la jolie jeunette de Kiev, et Andréi, originaire d'une famille de mineurs du Donbass, leur attirance à rebrousse-poil... quand survient un vaudeville rocambolesque avec mort du fermier et fuite des cueilleurs... Irina et Andrei parviennent à s'échapper avec quelques-uns de leurs compagnons d'infortune (cueilleurs de fraises aussi - un Botswanais, 2 Chinoises, un Polonais...) dans le 4x4 des bandits à laquelle est arrimée une des caravanes, "la précieuse maison" . Pris en filature par les mafiosi de la filière, le groupe éclate... mais les chemins se recroisent au fil d'aventures diverses et farfelues, toujours tragi-comiques.
Chacun de ces immigrés clandestins dans une Angleterre policée se sent finalement soudé à la petite communauté de la caravane.

Le style de l'auteur, qui est née dans un camp de réfugiés ukrainiens en Allemagne et a grandi en Angleterre, est très spontané et "sans façons" - elle fait s'exprimer les différents personnages en empruntant leur peu de maîtrise de la langue mâtiné d'expressions de leur langue d'origine : j'ai trouvé ce parti pris sympathique et réaliste, même si parfois les dialogues peuvent paraître "hachés".

Pas une seconde d'ennui en lisant le roman, tellement le récit foisonne de rebondissements quelquefois ubuesques : il ne faut pas s'attendre à un ouvrage "sérieux" de bout en bout mais à l'habillage cocasse, inventif, extravagant du récit de la dure réalité des immigrés clandestins en Angleterre.

LE CHIEN DANS LE RECIT :

Le chien a fait irruption au campement des cueilleurs de fraises et s'est retrouvé "adopté" et appelé "Le Chien".
Il avait de même fait irruption dans le récit : l'auteur a inséré des paragraphes en retrait par rapport au reste du récit, écrits en majuscules et sans aucune ponctuation.
De sorte qu'à la lecture du premier paragraphe (ils commencent tous par : "JE SUIS UN CHIEN JE COURS JE COURS"), on se pose des questions sur cette irruption dans le récit. C'est une vraie surprise, et je me suis amusée à relire plusieurs fois les paragraphes "Chien" pour bien comprendre le sens (sans ponctuation et avec un langage parlé retranscrivant les pensées du chien !).

Finalement, le Chien devient un "personnage" incontournable dans l'histoire, il était en fuite lui aussi et se retrouve arrimé à ce groupe hétéroclite, tout en élisant l'un d'entre eux (Andrei) comme étant "son homme", tandis qu'il se réfère (gentiment) à Irina comme à "la femelle plus bête qu'un mouton" ou à Tomasz le Polonais comme à "l'homme à la bonne odeur de pieds" (tout le contraire...).
Le Chien est toujours là pour rapporter au groupe un pigeon ou un lapin de la forêt, voire un poulet congelé ! et agrémenter les repas communs. Il est là pour donner l'alarme quand un incendie éclate dans la maison de retraite où nos protagonistes ont atterri. Et il est encore là pour sauver la vie à "son homme" aux prises avec l'affreux et dangereux mafioso...

Un extrait parmi d'autres :
"JE SUIS UN CHIEN JE COURS JE COURS SEUL UN CHAMP UNE HAIE UNE ROUTE IL FAIT TOUT NOIR JE VOIS UNE LUMIERE BLEUE CLIGNOTER JE FLAIRE J'ECOUTE J'ENTENDS HURLEMENTS DE ROUES PON PIN PON JE COURS UN CHAMP UNE RIVIERE JE BOIS DES PETITS ANIMAUX DETALENT ODEUR D'HERBE DE TERRE DES CHOSES MORTES QUI POURRISSENT ODEUR D'ANIMAUX DE PISSE FRAICHE BLAIREAU RENARD BELETTE LAPIN JE COURS UNE ROUTE UN CHAMP UNE FORET UNE ROUTE UNE FORET STOP SNIFF JE SENS DES PIEDS UNE BONNE ODEUR DE PIEDS JE VAIS CHERCHER L'ODEUR DES PIEDS JE COURS JE COURS JE SUIS UN CHIEN"
("Deux caravanes"/ Editions des Deux Terres, 2010)

Je recommande vivement la lecture de ce roman... après avoir bien entendu commencé par le premier livre de Marina Lewycka : "Une brève histoire du tracteur en Ukraine" (vraiment excellent !).
Voir aussi sur ce blog :

vendredi 10 février 2012

Lectures d'Algérie




       Instants d'Alger (2005)


C'était notre terre par Belezi
Mathieu Belezi - C'était notre terre (2008) *****
Réf. pays : Algérie
 Un excellent roman, à la construction intéressante, chacun des membres de la famille s'exprimant tour à tour dans un chapitre et le lecteur cheminant ainsi vers une compréhension globale du puzzle. Et très bien écrit...
"Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 ha de collines, de champs de blé, d'orangers, d'oliviers et de vignes. La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle Au coeur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d'acacias, de pins et de figuiers. Six personnages : le père, la mère, les 3 enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle. Tout au long du roman, leurs voix s'interpellent et se répondent, se prennent pour ce qu'elles ne sont pas, tempêtent, supplient, invectivent des fantômes, se souviennent. Le passé, c'est le quotidien du colon dans sa colonie, cette façon de régner en maître sur un pays qu'il a « fait » et des gens à qui il « apporte la civilisation ». Le présent de ces voix, c'est la difficulté et l'amertume de l'exil dans une France hostile, bien peu disposée à ouvrir les bras. Et c'est aussi la souffrance d'un déracinement insurmontable. Saga des de Saint-André avant, pendant et après l'indépendance de l'Algérie-, composé de scènes fortes - guerre, sexe, sentiments exacerbés, haines viscérales-, ce roman, comme ceux de Faulkner, traduit le chaos de la grande histoire, se dit à travers les passions de ceux qui font la petite. Le souffle qui porte de bout en bout cette saga, la profonde originalité de sa structure polyphonique et de son rythme incantatoire donnent à l'oeuvre un caractère unique : on croit entendre, en la lisant, le chant funèbre des déracinés de tous les temps."

Les amants désunis par Benmalek
Anouar Benmalek - Les Amants désunis (1998) *****
Réf. pays : Algérie
Un très très bon roman...
Anna est suissesse. Elle retourne, âgée, en Algérie à la recherche de Nassreddine, avec qui elle s’était mariée 40 ans auparavant. Ils avaient eu 2 enfants ensuite sauvagement assassinés par le FLN.
Anna s’était alors exilée en Suisse et remariée.
En 1996, elle revient à Alger, en pleines années de braise et règne de la terreur islamiste. Elle se fait kidnapper et sauvagement détenir par les "barbus", mais heureusement est libérée et retrouve le vieux Nassreddine à la fin.
(L'auteur, né en 1956, a publié ce roman en 1998).

L'Enfant du peuple ancien par Benmalek
Anouar Benmalek - L'Enfant du peuple ancien (2000) *****
Réf. pays : Algérie/Australie
Un très bon roman "algéro-australien" (quelle rareté !).
"Queensland, nord-est de l’Australie, déc.1918. Kader regarde le corps défait de sa femme Lislei et repense à Tridarir, leur fils adoptif aborigène. Il se souvient de leur rencontre à tous les trois : Lislei déportée en nouvelle Calédonie au moment de la Commune, lui, Algérien, envoyé par les Français colonialistes qu’il a combattus comme prisonnier au bagne, et Tridarir, dont les parents ont été tués et dépecés par des chercheurs avides d’ossements à vendre au musée. Tridarir et ses parents étaient les derniers survivants des Aborigènes de Tasmanie, suite à la politique d’épuration ethnique du gouvernement britannique. ».
Le rapt par Benmalek
Anouar Benmalek - Le rapt (2009) *****
Réf. pays : Algérie
J'ai trouvé ce livre quasiment insoutenable d'horreur...Il faut dire qu'il est question de l'enlèvement d'une adolescente, torturée, de la descente aux enfers de la famille confrontée à une violence qui se révèle liée à une vengeance du passé...
"Follement épris de sa femme. Aziz n'en est pas moins un homme détaché et caustique. Seul moyen qu'il ait trouvé pour se préserver des tensions et des violences qui agitent l'Algérie. Mais lorsque sa fille de quatorze ans est enlevée, il comprend que l'ironie ne lui sera plus d'aucun secours. Entré en contact avec la famille, un étrange ravisseur menace sa victime des pires atrocités si la police est prévenue. De toute façon, qui aurait envie de s'en remettre aux autorités algériennes ? Aziz ne peul compter que sur lui-même. Et sur Mathieu, le beau-père de sa femme. Mais ce Français au lourd passé sera-t-il une providence ou l'artisan du malheur ? Pourquoi est-il demeuré en Algérie après l'indépendance ? Qu'a-t-il fait pendant la guerre ? Et quel est ce grand tabou de l'histoire de l'Algérie qui scelle jusqu'à présent toutes les lèvres ? Avec ce thriller de la vengeance et de l'amour, Anouar Benmalek impose à ses héros de choisir entre le mal et le moindre mal, entre leur survie et celle de leur conscience."
  
Timimoun par BoudjedraRachid Boudjedra - Timimoun (1994) *****
Réf. pays : Algérie
Bien aimé ce petit livre qui relate un voyage d'Alger à Timimoun d'un groupe de touristes conduits en bus par le narrateur, un ancien pilote de chasse chassé de l'armée pour alcoolisme et reconverti dans le tourisme. "Il" (je crois que jamais son nom n'est précisé)  a touché à son premier verre de vodka à 16 ans, quand son frère aîné est mort "écrasé" par un tramway (suicidé ?) et n'a pas arrêté depuis. Aujourd'hui, à 40 ans, il pense beaucoup à la peur (il est une cible des terroristes - le roman se passe dans les années de braise), il pense au suicide, et il pense à l'une des jeunes touristes, Sarah, dont il s'amourache, mais qui, elle, regarde ailleurs. Il n'a jamais connu de femme de sa vie ("il est passé à côté"). Il assiste aux amours passagères de Sarah avec un autre, cela le mortifie, lui fait boire des litres de vodka... jusqu'à la fin du roman où il a une révélation : ce n'est pas Sarah qu'il aime ("elle est laide tout d'un coup, comme morte pour moi") : c'est l'image que renvoie Sarah du copain de jeunesse du narrateur, dont il a souvent  évoqué leurs moments communs durant le récit. Un amour refoulé, qui lui explique le pourquoi du déroulement chaotique de sa vie... Lire la suite


La répudiation par Boudjedra
Rachid Boudjedra - La répudiation (1969) *****
Réf. pays : Algérie
"Un jeune Algérien raconte à son amante étrangère les péripéties hallucinées de son histoire marquée par la répudiation de sa mère. Ce roman met à nu la société traditionnelle où la sexualité débridée, la superstition et l'hypocrisie forment la trame romanesque - transcendée par une écriture flamboyante - d'une enfance saccagée." (résumé éditeur)
Topographie idéale pour une agression caractérisée par Boudjedra
Rachid Boudjedra - Topographie idéale pour une agression caractérisée (1975) ***** Réf. pays : Algérie/France
Lu alors qu'étudiante, je "découvrais" Paris... le roman date de 1975. Il m'avait paru saisissant...
"Voici l'odyssée pathétique d'un émigré qui se retrouve piégé dans les boyaux dédaléens du métro. Cette descente aux enfers prend ici un relief saisissant grâce à un style superbe et à une technique romanesque parfaitement appropriés aux lieux où se déroule - à huis clos - la mise à mort de l'étranger."
  
La Voyeuse interdite par Bouraoui
Nina Bouraoui - La voyeuse interdite (1993) *****
Réf. pays : Algérie
Bien...
"Dans les rues d'Alger, les hommes s'étreignent. Derrière leurs portes closes, les femmes s'ennuient. Séparée de la ville par un rectangle de verre, une jeune fille observe. Un mur sale, un trolley bondé, une enfant imprudente lui donnent les mots d'une nouvelle histoire. Elle invente. Elle s'invente. Elle est pubère, son père ne lui parle pas depuis deux ans. La mère prépare l'intrigue, les sœurs se taisent. L'ennui ronge la capitale. Personne n'y échappe. Pas même le soleil !
Les hommes attendent. Ils l'attendent. L'amour et l'espoir n'existent pas. Les pensées se cognent contre un espace amputé de son temps.
Cachée derrière sa fenêtre, avide de savoir, la voyeuse force sur la réalité. Un voile s'éloigne, une petite fille meurt sous les pneus d'un camion. Les trous de serrure s'élargissent, la voyeuse dérobe la vie des autres. Le rêve s'impose. La mort guette. Toutes deux se convoitent, s'invitent, se rejettent. Le sang se faufile entre les mots et les maux."

Le voyage à Timimoun par BrunelSylvie Brunel - Le voyage à Timimoun (2010) *****
Réf. pays : Algérie/France
Bien car je suis allée à Timimoun...un récit léger, assez plaisant à lire mais parfois des remarques sur la vie privée de l'auteur, personnage public puisqu'ex-femme d'Eric Besson, m'ont un peu gênée. Au moins Sylvie Brunel se dévoile-t-elle complètement dans son livre, mais un peu plus de retenue aurait été bienvenu selon moi. Sinon, c'est bien écrit et le point de vue de la géographe sur la région est intéressant.
"Laura s’envole pour l’Algérie le cœur lourd : après trente ans de vie commune, Marc, son mari, est parti refaire sa vie avec une jeunette, Schéhérazade. Les relations entre les hommes et les femmes sont-elles forcément vouées à l’incompréhension et à l’échec ? se demande-t-elle face à ce qu’elle vit comme la destruction d’une existence. Ses compagnons de voyage sont journalistes, tour-opérateurs. Tous ensemble, ils vont réouvrir l’oasis saharienne de Timimoun, longtemps fermée au tourisme après les années douloureuses qui ont coupé l’Algérie du reste du monde. Récit d’une double renaissance, celle d’un pays qui se reconstruit après la cendre et la terreur, celle d’une femme fragilisée qui comprend que la vie réserve toujours des surprises inattendues à qui sait ouvrir son cœur, Le Voyage à Timimoun est une fiction fondée sur des faits réels, qui puise dans l’actualité sa vérité et sa force." (résumé JC Lattès)


Albert Camus - L'étranger***** & Noces***** & L'été***** & La peste***** 
Réf. pays : Algérie/France 
L'Etranger par CamusAlbert Camus. Noces. Suivi de l'Été par CamusL'été (extraits) par CamusLa peste par Camus
"Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier."

L'Etoile d'Alger par ChouakiAziz Chouaki - L'étoile d'Alger (2002) *****
Réf. pays : Algérie
Très bon livre, mais effrayant : on vit avec Moussa, un apprenti chanteur populaire, la montée de l’intégrisme en Algérie, le raz de marée du Fis à Alger en 1988, et la fin de la liberté et de l’insouciance. Pour Moussa, c'est l'effondrement, le désespoir à tel point qu'à la fin, Moussa «fatigue», renonce (?) et finit intégriste fanatique. Deux mots forts : - Ziambreto : mélange d’alcool à brûler et de jus de grenadine auquel se shootent les jeunes. - Trabendo : marché noir.
Citation : "Il se retrouve à Bab el Oued. Incroyable, ce que ça a changé. Poubelles, gosses, barbes, kamis, comme toute l’Algérie, format national standard."

Le Silence des armes par ClavelBernard Clavel - Le silence des armes
Réf. pays : France/Algérie
"Guérit-on jamais de la guerre ? De quel combat meurtrier l'homme peut-il être fier ? Engagé pour 5 ans, Jacques Fortier a cru un temps à la noblesse des armes. Blessé, moralement détruit par les atrocités vécues en Algérie, il revient dans son village du jura pour quelques jours de convalescence. Repartir dans les Aurès, c'est accepter la haine et le sang, admettre l'absurde. C'est renier l'enseignement d'un père incompris, refuser les leçons de sa terre natale. Jeter son uniforme, c'est dire non à l'horreur, choisir la vie, mais aussi devenir traître et déserteur aux yeux de la société. Assassin ou proscrit, Jacques doit choisir. "Le monde ne sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. " Cette phrase résume le drame du Silence des armes, l'une des œoeuvres majeures de Bernard Clavel." (résumé éditeur/ Babelio)

Vigiles (les) par DjaoutTahar Djaout - Les vigiles (1991) *****
Réf. pays : Algérie
«Dans une paisible ville de la banlieue d’Alger, un jeune professeur invente une machine à tisser inspirée du savoir ancestral de sa grand-mère.
Quand il veut la faire breveter, il se heurte aux pires difficultés : jugé suspect, dangereux, il devient l’objet de tracas, non renouvellement de passeport, espionnage,.. jusqu’au jour où sa machine est primée au salon de Heidellberg.. Ses ennemis trouvent alors un bouc émissaire qui devra se suicider pour endosser l’erreur commise. Un roman corrosif sur la sté algérienne d’aujourd’hui, mais sans anathème ni violence. Le livre d’un juste.»
Tahar Djaout a 37 ans quand il publie ce livre. Il sera assassiné par les intégristes en juin 1993…deux ans après la publication de ce roman à l'histoire édifiante, mais au style qui m'a moins inspirée...


Les généraux du crépuscule par DeforgesAlger, ville blanche par DeforgesRégine Deforges - Alger, ville blanche  *****
Réf. pays : Algérie/France
"Après l'Argentine, l'Indochine en plein chaos et la Havane révolutionnaire, Léa, intrépide héroïne de la "Bicyclette bleue" est de retour en France. La guerre qui fait rage en Algérie, agite le pays. Le Général de Gaulle charge François Tavernier d'évaluer la situation sur place. Restés à Paris, Léa et son fils adoptif prennent le parti de l'indépendance et s'engagent dans de dangereuses opérations de soutien aux militants algériens. Alors que la rébellion de janvier 1960 précipite Alger au bord du gouffre, Léa rejoint François pour échapper à la DST. Les voici projetés au coeur d'événements dramatiques qui, mettront à l'épreuve leurs convictions autant que leur amour.  (résumé éditeur/ Babelio)

Isabelle Eberhardt  *****
Réf. pays : Algérie/France
Yasmina et autres nouvelles algériennesLettres et journaliers par EberhardtEcrits intimes par EberhardtAmours nomades par Eberhardt
«Tous les matins, à l'heure où le soleil se levait, je venais m'asseoir sous le porche de la zaouïa Sidi Abd er Rahman, à Alger. J'ai ressenti là, à l'ombre antique de cette mosquée sainte de l'islam, des émotions ineffables au son de la voix haute et forte de l'imam psalmodiant ces vieilles paroles de la foi musulmane en cette belle langue arabe, sonore et virile, musicale et puissante comme le vent du désert où elle est née...» (résumé éditeur) 

Elise ou la vraie vie par EtcherelliClaire Etcherelli - Elise ou la vraie vie ***** (1973)
"Un concert fracassant envahit la rue. \" Les pompiers \", pensai-je. Arezki n'avait pas bougé. Les voitures devaient se suivre, le hurlement s'amplifia, se prolongea sinistrement et s'arrêta sous la fenêtre. Arezki me lâcha. Je venais de comprendre. La police. Je commençai à trembler. Je n'avais pas peur mais je tremblais tout de même. Je n'arrêtais plus de trembler : ; les sirènes, les freins, le bruit sec des portières et le froid, - je le sentais maintenant - le froid de la chambre."
Réf. pays : Algérie

Le dernier chameau et autres histoires par Fellag
L'allumeur de rêves berbères par Fellag

Roger Frison-Roche - Tous superbes *****
Que n'ai-je passé, enfant, des moments inoubliables en cheminant avec Frison-Roche à travers le désert saharien...(et de même dans la neige, la glace, et le froid de ses romans de montagne et du Grand-Nord...).

La Piste oubliée par Frison-RocheLa montagne aux EcrituresLe rendez vous d'essendilene par Frison-Roche


Djebel Amour par Frison-RocheL'esclave de Dieu

Fort saganne par Gardel Louis Gardel - Fort Saganne***** (1980)
Lu le livre après avoir été captivée par le film, avec Sophie Marceau, actrice fétiche! En réalité, contrairement au film tourné dans le Sahara mauritanien, les exploits du lieutenant Saganne eurent lieu dans le Tassili en Algérie.
"Un " bâtisseur d'empire ", un " Français d'épopée ", tel apparaît, à distance, le lieutenant Charles Saganne. Ses exploits au Sahara avant 1914, notamment son combat contre le chef Sultan Ahmoud, lui vaudront d'être chanté par les poètes touareg et célébré par les journaux parisiens. Qui est-il, ce jeune homme qui se méfie des sentiments, mais qui sera sur le point de renier tout ce à quoi il croit pour l'amour d'une femme ?" (Résumé éditeur Babelio)

Le club des incorrigibles optimistes par GuenassiaJean-Michel Guenassia - Le club des incorrigibles optimistes*****
Réf. pays : France/Algérie
"Michel Marini avait douze ans en 1959. C'était l'époque du rock'n'roll et de la guerre d'Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle du bistrot, il a rencontré Tibor, Léonid, Sasha, Imré et les autres. Ces hommes avaient tous passé le Rideau de fer pour sauver leur vie. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, leurs idéaux et tout ce qu'ils étaient. Ils s'étaient tous retrouvés à Paris dans ce club d'échecs d'arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie de Michel. Parce qu'ils étaient tous d'incorrigibles optimistes.
Roman de génération, reconstitution minutieuse d'une époque, chronique mélancolique d'une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un roman étonnant tant par l'ampleur du projet que par le naturel dont il s'en acquitte"
(Résumé éditeur /Babelio)

Le dingue au bistouri par KhadraYasmina Khadra - Le dingue au bistouri *****(1990)
" Alger en hiver. Ce jour-là, le commissaire Brahim Llob est d'humeur maussade, et le coup de téléphone qu'il reçoit n'arrange rien: un mystérieux correspondant le prévient qu'il va commettre un crime... Le Dingue au bistouri frappe ainsi les premiers coups de sa sinistre carrière de tueur en série. Est-ce un fou? Un pervers? Ce n'est pas l'avis de Llob. Bien au contraire, chaque meurtre est froidement prémédité, minutieusement exécuté, et toujours signé. L'homme torture ses victimes, leur arrache le coeur, ensuite il dépose une étoile noire sur le cadavre. (...)" (Résumé éditeur Baleines) "II doit encore tuer 5 personnes. Et le commissaire sait qu'il ira jusqu'au bout. Commence alors un dialogue de fous entre Llob et le Dingue, triste et tragique rejeton d'Alger la désolée." (complément source : Amazon/Babelio)

Double blanc par KhadraYasmina Khadra - Double blanc*****(1997)
"Le tonnerre éructe de toutes ses forces dans la nuit. De temps à autre, les lumières éblouissantes de l'éclair ricochent sur le bas quartier, peuplant les recoins de visions cauchemardesques. Il est vingt-deux heures, et pas un chat ne se découvre assez de cran pour se hasarder dans les rues. C'est l'heure où les gens s'autoséiquestrent pour se forger des alibis, la conscience cadenassée, un sommeil opaque sur les yeux. Le moindre friselis est perçu comme un cri d'agonie. Alger retourne en enfer." (Résumé éditeur /Babelio)

Les agneaux du Seigneur par KhadraYasmina Khadra - Les agneaux du seigneur***** (1998)
"Ghachimat est un village de l'Algérie d'aujourd'hui : on se connaît depuis l'enfance, on se jalouse et on se jauge. On s'affronte en secret pour obtenir la main d'une fille. On déteste ceux qui ont réussi, on méprise ceux qui sont restés dans la misère. On étouffe sous le joug d'une tradition obsolète. On ne s'émeut guère des événements qui embrasent la capitale. Mais il suffit du retour au pays d'un enfant fanatisé, pour que les habitants de Ghachimat basculent dans le crime collectif, portés par le ressentiment et la rancoeur. Et c'est ainsi que, progressivement, des garçons bien tranquilles deviennent des tueurs en série." (résumé éditeur Pocket)
Morituri par KhadraYasmina Khadra - Morituri *****
" Da Achour ne quitte jamais sa chaise à bascule. Chez lui, c'est une protubérance naturelle. Une cigarette au coin de la bouche, le ventre sur ses genoux de tortue, il fixe inlassablement un point au large et omet de le définir. Il est là, du matin au soir, une chanson d'El Anka à portée de la somnolence, consumant tranquillement ses quatre-vingts ans dans un pays qui déçoit. Il a fait pas mal de guerres, de la Normandie à Diên Biên Phu, de Guernica au Djurdjura, et il ne comprend toujours pas pourquoi les hommes préfèrent se faire péter la gueule, quand de simples cuites suffisent à les rapprocher." (résumé éditeur/Babelio)
L'Imposture des mots par KhadraYasmina Khadra - L'imposture des mots***** (2002)
J'ai trouvé cet ouvrage... pas très bien écrit et peu agréable à lire : un livre pour les inconditionnels...(j'ai pourtant lu beaucoup de ses livres, mais pas du tout accroché sur celui-ci). YK publie ce livre en 2002. Il avait révélé l'année précédente son identité : officier supérieur de l'armée. Il se heurte alors à la suspicion des lecteurs notamment français qui mettent en avant son implication ou plutôt sa proximité en tant que militaire avec les exactions qui ont touché l'armée algérienne.


 La Part du mort par KhadraYasmina Khadra - La part du mort*****(2004)
"En voulant empêcher la justice algérienne de gracier un dangereux psychopathe, le commissaire Llob va devoir se plonger dans l'histoire tragique de son pays et remonter jusqu'à cette nuit du 12 au 13 août 1962, où furent massacrées des familles de harkis. S'enchaînent alors manipulations, meurtres et intimidations jusqu'à la révélation de l'enjeu véritable de ce complot diabolique. A travers ce roman terrible et fascinant, Yasmina Khadra poursuit son implacable autopsie de la société algérienne." (résumé éditeur/Babelio)

 Ce Que le Jour Doit a la Nuit par KhadraYasmina Khadra - Ce que le jour doit à la nuit ***** (2008)
Réf. pays : Algérie
"Dans l'Algérie coloniale, le jeune Younes est confié à son oncle, pharmacien, afin d'échapper à la misère que connaît sa famille. Il grandit au milieu de jeunes Blancs, oubliant presque ses origines arabes. Ses amis européens et lui forment une bande d'inséparables. Mais, un jour, une Française beaucoup plus âgée que lui posera un geste aux conséquences imprévisibles..." (résumé éditeur) Lire ma critique complète


Nedjma par YacineYacine Kateb  - Nedjma*****
Réf. pays : Algérie
Très bien...
"Nedjma est jeune et belle. Elle est née de père inconnu et d'une mère considérée comme une étrangère. Courtisée par tous, fruit de l'adultère et du crime, elle bouillonne d'une révolte superbe et tragique, à l'image même d'une Algérie à la fois jeune et âgée, musulmane et païenne, savante et sauvage..." (résumé éditeur/Babelio)
LA CHRYSALIDE par AICHAAïcha Lemsine - La chrysalide***** 
Réf. pays : Algérie
Très bien...
"La Chrysalide saisit et fixe; à travers l'histoire d'une famille comme mille autres, l'injustice et la douleur qui sont le lot quotidien de la femme. (...) Les droits du père, du mari, en terre arabe; sont sans limites. Aïcha Lemsine donne à voir et s'élève contre le mariage forcé, la répudiation, la polygamie. - LE MONDE - La Chrysalide est un livre qui, de page en page, vous fera rire et vous fera pleurer. LE NOUVEL OBSERVATEUR" (résumé Babelio)

De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier par MimouniRachid Mimouni - De la barbarie en général et de l'intégrisme en particulier
Réf. pays : Algérie






Le Petit Prince par Saint-Exupéry
Antoine de Saint-Exupéry - Le petit prince*****
Réf. pays : le SAHARA ....
Tellement bien...




Voir aussi : Lectures d'Afrique
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